C’est quand le bonheur ?

Ça y est, la fin de l’été pointe déjà son nez, la rentrée est au coin de la rue. Il va falloir repartir au turbin, rentrer dans le rang et se rasseoir devant son verre à moitié plein ou à moitié vide, ce sera selon votre humeur et votre propension à vouloir être heureux. Être heureux est l’aspiration prioritaire de tous, très loin devant trouver le sens de la vie, devenir riche, gagner la coupe du monde de foot ou encore s’assurer le paradis, avec ou sans les 72 vièrges. Il parait même que c’est à soixante ans qu’on est le plus heureux. Ça tombe bien, je viens de les avoir et si vous avez deux ou trois plombes devant vous, je peux vous faire la liste des choses qui me rendent heureux. Ma famille, mes amis, mon boulot, enfin pas tous les jours, un Meursault bien frais, un solo de Gilmour, une redif de Gran Torino, un bon match de foot, un plat de Carbonara bien poivré, un Côté Rôtie marquée par la pierre, pousser la porte d’une boulangerie quand le pain sort du four, une partie de pétanque sous le cagnard, recevoir un compliment et ne pas le mettre en doute, profiter des premiers coups de froid pour hiberner sous la couette devant confession intime, offrir un cadeau sans raison particulière, manger du chocolat à la noisette, jouer avec du papier bulle, cuisiner des souris d’agneau, une bonne BD, une soirée entre soiffards, un foie de veau purée, ouvrir un œil le matin, regarder le réveil et me rendormir aussi sec. Je pourrais continuer comme ça très longtemps mais se serait vite chiant.

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Séparer le bon vin de l’ivresse

L’ivresse est un thème cher au poète plus qu’au philosophe. Baudelaire nous invitait même à l’ivresse : « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve« . Baudelaire était un adepte du Chasse Spleen, des folies passagères, des dérèglements et de la fuite de soi et du monde. Le philosophe est, quant à lui, un adepte de la démarche rationnelle et range l’ivresse dans ce qui s’oppose à la sagesse plutôt que dans ce qui peut la provoquer et pourtant… L’ivresse dont parle Baudelaire n’est pas une manière de fuir une existence insupportable mais c’est un art ! Elle était, pour lui,  à la fois une déchéance et une source d’inspiration créatrice. L’ivresse comme source d’inspiration n’est donc pas étrangère à la philosophie. C’est l’art de décentrer la banalité.

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Texte parfait (et encore, je suis modeste)

Chaque fois que je commande sur internet, chaque fois que je vais au resto ou à l’hôtel, chaque fois que j’utilise les services d’un artisan ou un SAV, chaque fois, inévitablement, je reçois un questionnaire de satisfaction. Qu’on s’entende bien, je ne suis pas un donneur de points ou de satisfecit. Qu’est-ce que ça peut vous foutre que je sois satisfait du vendeur ou du plat qui m’a été servi ? Si j’ai quelques choses à dire au loufiat qui m’a apporté mon andouillette, je lui dirais moi-même. Si je ne suis pas satisfait, je suis assez grand pour le lui dire entre quatre yeux, sans passer par son patron. Vous voulez me satisfaire ? Mon cul, je ne suis pas dupe. Vous voulez avant tout me fidéliser. Si vous voulez vraiment me satisfaire, lâcher moi la grappe avec vos évaluations. Aujourd’hui, nous sommes dans l’évaluation permanente, depuis l’école, nous sommes notés, cela continu dans le monde du travail où nous sommes évalués en permanence. Pernicieusement, l’évaluation s’est glissée dans le monde du loisir. Si tu invites une fille au resto, tu devras évaluer ton chauffeur Uber, qui lui aussi t’évaluera, tu évalueras ton barman pour l’apéro et ton restaurant avant d’évaluer la fille sur Tinder. Si tu loue ton appart, tu seras toi-même évalué par ton locataire que tu évalueras. L’évaluation ou le culte de la perfection.

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Éloges de l’injustice

Selon Schopenhauer, c’est l’injustice qui est première. Sans elle, l’idée de justice serait inutile. On ne parlerait jamais de droit, s’il n’y avait jamais d’injustice. L’idée de justice n’existe, au fond, qu’à partir du moment où il y a un sentiment d’injustice. C’est uniquement de l’égoïsme de l’homme et de sa générosité limitée, que la justice tire son origine. Mais, qu’appelle-t-on injustice et comment se fait-il qu’il puisse y avoir un sentiment qui y soit attaché ? Si la domination est naturelle, le sentiment d’injustice ne serait-il pas simplement le ressentiment abusif des dominés ayant l’impression qu’ils ne sont pas à leur place, alors que cette place est dictée par la nature ? C’est comme si les petits poissons trouvaient injuste d’être avalés par les gros. Par nature, les poissons sont déterminés à nager, les gros à manger les petits en vertu d’un droit naturel. Est-ce pareil chez les humains ?

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Je suis heureux … j’ai raté ma vie

Je m’présente, je m’appelle Henri, j’voudrais bien réussir ma vie, être aimé, être beau gagner de l’argent, puis surtout être intelligent, mais pour tout ça il faudrait que j’bosse à plein temps. Et c’est bien là que se situe le problème, je ne suis pas chanteur comme Balavoine ou Bernard Tapie. Mais qu’est-ce qu’une vie réussie ? Qu’est-ce qu’une vie bonne pour parler comme les philosophes antiques ? Sur quel critère est-il possible de se dire que l’on a vécu une belle vie, comme le chantait Sacha Distel ? Il existe mille et une façons de réussir sa vie et presque autant de la rater… Nos vies ressemblent bien souvent à des réussites en demi-teinte ou des moitiés de raté, le verre à moitié plein ou à moitié vide, des ratages en clair-obscur, entre gris clair et gris foncé, comme le chantait Jean-Jacques Goldman…

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Où sont les neiges d’antan ?

C’était mieux quand c’était mieux avant, me disait, avec philosophie, « Djénifeur », ma shampouineuse, tout en me malaxant frénétiquement le crâne. Passé le fait qu’elle a juste 16 ans et qu’elle confonde Proust et Gérard de Villiers, elle coupe les cheveux en quatre et pense que le travail, c’était mieux avant, que Cabrel, c’est mieux que Nirvana et que les hommes politiques d’avant, ils savaient parler aux gens. Elle a terminé son analyse sociologique par un inévitable : « y a plus de saisons« . Sur ce point, elle a fondamentalement raison, ils ont prévu de la neige ce soir ! Je ne sais pas qui il a derrière les « ils », mais ils ont eu foutrement raison.

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Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter

Ce titre est une citation issue des Syllogismes de l’amertume d’Emil Cioran. Pour une bonne partie, c’est un texte tiré de feu leverasoif. Oui, je sais, je fais de la récup. Pourquoi exhumer un vieux texte ? Parce qu’il le vaut bien ! Parce que je l’ai décidé et parce qu’il contient tout ce qui est important à mes yeux. Une rasade de vin, un chouia de philo, de la mélancolie, celle qui, comme les coups de soleil, fait mal la nuit, une touche d’absurdité, un rot, un pet, des pandas roux, un boukistanais et beaucoup de dérision. Cioran a surement raison, dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. Mais j’ajouterai que si dans ce monde sans mélancolie, sans amertume, si les rossignols devaient roter, alors, il faudrait aussi que les pandas roux pètent… Dans un monde mélancolique, rire est salutaire, le rire, c’est sérieux …  Imagine une soirée calme, tranquille, à siroter un verre de Meursault bien frais.

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La comparaison n’a pas toujours raison

Friedrich Nietzsche n’avait pas toujours raison, sauf quand il a dit « tous ce qui nous tue nous rend plus mort » ou quand il affirmait que le christianisme et l’alcool étaient les deux plus grands corrupteurs ou quand il écrivait qu’il était absurde de comparer un nihilisme et un humanisme et aussi quand … Bref, il avait quand même souvent raison le Nietzschounet et en plus, il le disait mieux que moi. Il y a toujours matière à comparaison, un peu comme quand tu compares le bide de JeanDa avec l’esprit de déduction de Rage, comparé au vide sidéral, même la bedaine du frisé nous inspirera toujours la grâce d’un éléphanteau dans un musée de porcelaines miniatures. Hormis pour Régis, pour qui le raisonnement reste encore une démarche abstraite, nous avons souvent besoin, pour réellement comprendre certaines choses, d’établir des points de relation avec notre vécu, avec la réalité perceptible par nous.

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Ni Dieu ni mètre étalon

Avant tout, je tiens à avertir mes lecteurs, si, dans ce texte inspiré d’un épisode de South Park, une série animée inspirée par le style de Terry Gilliam des Monty Python, si certains arguments et exemples vous ennuient, vous offusquent ou même vous choquent, tant mieux, c’était le but ! Comme me l’a enseigné personnellement Bouddha, la sagesse se trouve sur la dent du même nom ou sur la voie du milieu, mais attention, c’est dangereux, surtout sur l’autoroute de la vie. South Park est très pipi-caca, vulgaire, grossier, obscène, blasphématoire, insultant, politiquement incorrect, bref, tout ce que j’aime. Mais, si on regarde au-delà des apparences et des préjugés, on trouvera matière à discuter sur le fond plutôt que sur la forme, et y trouver matière à de grands questionnements philosophiques.

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Leçon de philo pour les agités du bocal

La philosophie ne doit pas être moralisatrice, mais inspirante. Que cette histoire soit vraie ou non importe peu, la leçon qu’elle apporte, en revanche, est pleine d’inspiration. Tout commence dans une salle de classe. Le cours commence et les élèves s’installent, prêts à écouter leur professeur. Le prof de philosophie se tient devant ses élèves et introduit son cours :  » Nous n’avons qu’une vie à vivre, une ombre fuyante au sein de toute la vie de ce vaste univers. Nous avons la capacité de tout accomplir. Vraiment tout ! Si nous utilisons notre temps intelligemment ». Puis, il sort de son sac un bocal vide et le pose devant lui et commence à le remplir avec des balles de golf. Une fois le bocal rempli de balles, il demande aux étudiants si le pot est plein. Unanimement, les étudiants conviennent qu’il l’est. Le professeur se saisit alors d’une boîte de petits cailloux et les verse dans le bocal. Il secoue légèrement le bocal pour laisser les cailloux rouler vers les zones libres entre les balles de golf. Il repose ensuite sa question et, une fois encore, les étudiants répondent en chœur que le récipient est rempli. Il prend alors une boîte contenant du sable et commence à le verser dans le pot. Bien entendu, le sable remplit tout l’espace entre les balles de golf et les cailloux. Une nouvelle fois, il pose la même question, et obtient la même réponse. Le bocal est maintenant plein. Le professeur, franchement amusé, prend une bouteille de vin de son sac et verse tout leur contenu dans le pot. Le vin comble alors immédiatement tout l’espace vide entre le sable. Réalisant qu’il se sont encore fait avoir, les étudiants rient de bon cœur.

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