Où sont les neiges d’antan ?

C’était mieux quand c’était mieux avant, me disait, avec philosophie, « Djénifeur », ma shampouineuse, tout en me malaxant frénétiquement le crâne. Passé le fait qu’elle a juste 16 ans et qu’elle confonde Proust et Gérard de Villiers, elle coupe les cheveux en quatre et pense que le travail, c’était mieux avant, que Cabrel, c’est mieux que Nirvana et que les hommes politiques d’avant, ils savaient parler aux gens. Elle a terminé son analyse sociologique par un inévitable : « y a plus de saisons« . Sur ce point, elle a fondamentalement raison, ils ont prévu de la neige ce soir ! Je ne sais pas qui il a derrière les « ils », mais ils ont eu foutrement raison.

Nous vivons une révolution incroyable entre le numérique et la mondialisation, l’avenir n’a jamais fait aussi peur et tout ça crée un mouvement de retour vers le passé. Plus on vieillit et plus on enjolive son passé, normal. Nos anciens ont la mémoire courtes, nos parents ou grand-parent avaient le choix entre Hitler ou Staline, la syphilis était mortelle, la pauvreté et l’illettrisme régnaient et l’espérance de vie était bien moindre.  Certes, jadis il n’y avait pas le sida, pas de problèmes de logements, pas de réchauffement climatique et presque pas de chômage. Les jeunes passaient plus de temps à se parler qu’à taper sur leurs portables, John Lennon était encore en vie et les musées n’étaient pas pollués par les perches à selfies. Le progrès technologique nous a pas tous rendus idiots et incultes. Mais revenons à nos neiges d’antan. Je ne suis pas là pour être ailleurs et encore moins ici pour te raconter ma vie, il y a des blogs pour ça.

Parfois, suite à une invitation à diner, tu te retrouves à devoir rentrer chez toi, sous la neige. La route n’est pas déneigée et la voiture, mais surtout le con devant toi, roule tellement lentement que tu as l’impression qu’il est en marche arrière. Pour patienter, j’envoie quelques textos. Avant, avec le T9, un sms en voiture pouvait tourner à la catastrophe : tu écrivais « J’ai tellement envie de te hachoir” à la jeune fille que tu venais de rencontrer à la fête des saucisses de Francfort, qu’elle te prenait pour un Psychopathe finlandais et, pour des motifs religieux, décidait de ne plus jamais te revoir. Aujourd’hui, avec l’autocorrection, c’est encore plus dangereux : tu te retrouves à écrire « vous avez envoyé le dossier Choupard » à la jeune fille que tu venais de rencontrer à la fête de la saucisse de Francfort, alors que tu pensais dire « Je vais te lécher les rotules toute la nuit » à ta secrétaire. La pendularité automobile, c’est aussi l’occasion de parfaire ton vocabulaire. La règle de base de la conduite sous la neige, comme me le rappelait le Mahatma Gandhi, c’est la tolérance mutuelle. Mais parfois la situation t’oblige à insulter le con de devant, et, parfois même le con de derrière qui se rapproche tellement dangereusement que tu entrevois l’idée d’être le con de devant pour lui. Pour bien insulter, il faut être imaginatif et éviter les insultes homophobes ou prostitutophobes. La parade, inventer de nouvelles insultes et, ainsi, apporter une contribution efficace à notre belle langue française ; comme : « Fils d’Hétaïre« , « fistule vérolée » ou « aspirateur à Muscadet« .

Pour éviter le syndrome du rétroviseur, j’ai décidé de me souvenir des vins de la soirée. Un excellent Champagne de Larmandier-Bernier, vif et minéral, une Demoiselles d’Alexandre Bain dont je tairais l’âge, mais qui avait un charme suranné et des arômes extraordinaires d’originalité et une « Landonne » 99 de Delas, mentholée, à la fine minéralité, avec des notes de petits fruits rouges, des tannins très souples et une longue finale réglissée. Superbe ! Les vins d’avant était-ils meilleurs ? Mais avant quoi ? Le vin des Romains était surement une piquette infâme, oxydé, dont le goût de base était masqué par des adjonctions de sel, de gypse, de résine, d’herbes, d’épices et de miel. Au moyen-âge, c’était à peine mieux, les seuls vins qui se conservaient étaient des vins sucrés. L’introduction de la mèche à soufre par les hollandais à Bordeaux, et l’invention de la bouteille en verre solide par les anglais ont permis d’améliorer le vin. Nos grands parents faisaient de la culture intensive et la chimie régnait en maître absolu. 80% de la production n’avait aucun intérêt. Les raisins d’aujourd’hui sont sanitairement meilleurs, les vins ont une plus juste expression des sols et des influences qui les ont vus naitre. Les vignerons sont mieux formés et beaucoup mieux équipés qu’autrefois. Les vins d’hier étaient très souvent dues aux différences entre les sommes de leurs défauts. Aujourd’hui, la différence se situe, très souvent, entre les sommes de leurs qualités. Je suis convaincu que le vin d’aujourd’hui est infiniment meilleur que le vin d’avant. Surtout s’il a vieilli un peu …

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