Qui s’est brûlé la langue n’oublie plus de souffler sur sa croupe

Avant d’entrer dans le vif du sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, je devrais même dire vous préoccupe, puisque personnellement pour ma part, je m’en tape les balloches, je voudrais faire une importante déclaration d’introduction liminaire, ce qui est, à l’évidence, un pléonasme redondant et superfluité qui passera inaperçu puisque notre belle langue Française est tombée en désuétude un peu près partout dans ce pays inculte où la culture est en jachère. Notre France, pays de la connaissance, de la littérature, des intellectuels brillants, des écrivains époustouflants. Le pays qui aime les mots, Guillaume Musso et Kev Adams … Quand je parle d’introduction liminaire, je ne parle pas de luminaire, bande d’inculte mal éclairé, je ne pense pas plus à de sataniques ébats gymnastiques que la morale réprouve en dehors des liens sacrés du mariage qui unis l’homme et la femme par l’intermédiaire de leurs sexes, je ne vais pas vous faire un dessin, vous êtes assez cochon pour visualiser la chose tout seul. Qui, à part nos valeureux profs, qu’on est les derniers, peuvent prétendre de ne point être amputé de la syntaxe, mutilé de la sémantique, éclopé de la grammaire, excisé de l’étymologie, émasculé du subjonctif ! Émasculé du subjonctif peut paraitre superfétatoire, mais s’il y a subjonctif, il y a que, et si on coupe le que, il y a émasculation ! C’est bien ce que je disais avant de parler.

Les profs sont les derniers remparts de l’occident contre l’invasion barbare des indigents culturels. Ils ont la lourde charge d’instruire nos enfants et ça les fatiguent beaucoup, alors, ils partent souvent en vacances. Et c’est terrible, de longs mois d’absence et d’attente, comment va-t-on faire sans eux ? Certains enfants, désespérés, vont surement se tourner vers la drogue, d’autres vers l’alcool, d’autres encore vers les sketchs d’Anne Roumanoff, ce qui e encore plus nocif que la drogue et l’alcool réunis. Bref, c’est l’été, la saison des cons, celle où on se sèche le cerveau en sifflant des bières chaudes, où on assume de porter un short ridicule, de montrer notre bide et de pisser dans des buissons plutôt que dans des latrines insalubres. L’été, on se relâche, on bouffe des merguez et du taboulé à chaque repas et on boit des rosés aussi chauds que Régis devant une photo d’Adriana Karembeu à poil, mais avec des lunettes. Il kiffe grave les lunettes. Ça lui rappelle des souvenirs de nurse anglaise, de punitions, de douche rituelle, de sévices érotiques et de châtiments corporels. Tous ça pour vous dire que l’été n’a pas de sens, sauf si on est Profs, parce que vu les salaires, ils doivent tous avoir un yacht au large de Cannes sur lesquels dansent des filles à gros seins et à petits boules qui bavent devant le petit cul de JeanDa qui est 4 fois plus galbé encore que celui de Kim Kardashian, une fois, je l’ai vu sous acide, j’ai cru voir une raie Manta, la plus grosse raie au monde, puis l’effet du LSD s’est estompé et c’était toujours aussi impressionnant, voir plus. Nos meilleurs profs vont fréquenter la jet-set, pas des pisses froides, pas des types à porter du polo Jules et des pompes italiennes fabriquées en chine, des Hanovre, des Hohenzollern, rien que du micheton garanti croisade.

Pour fêter leur départ sur la côte, où ils vont se dorer la couenne et se brûler la langue au rosé trop froid, ils sont venus en force, les maitres instructeurs, et ils ont prévu large nos rois du Jaja. Faut dire que Régis et JeanDa sont à la dégustation ce que Bocuse était à la queue, un maître. J’aime mieux vous dire que l’affaire s’annonce grandiose même si je suis claqué et je n’ai pris aucune note, rien que quelques photos pour me souvenir de l’essentiel et oublier le reste. En blanc, j’ai craqué pour le Mizuiro 2013 de Kengiro Kagami, d’une grande pureté minérale, j’ai apprécié l’Ossian espagnol, le Cinqueterre 2012 d’Elio Altare, puissant et racé, ainsi que les Vignes Française en Foule de Mark Angeli avec une grosse matière et un magnifique équilibre. Et, pour finir en Beauté, un sublime Y d’Yquem 1985. Y est un vin à part, quelque chose d’unique, difficile de décrire un tel vin, un nez riche, ou plutôt un bouquet, un mélange de miel, de caramel, de café, de figue, d’amande, de cire d’abeille et de menthe fraiche. En bouche, c’est sublime, très équilibré, sur des notes botrytisées, ananas, mangue, abricot avec des accents d’épices d’orient … C’est riche, concentré et aérien. Si on ajoute une belle tension et une longueur phénoménale, on tient le grand vin de la soirée. Y n’est pas le second vin d’Yquem, il n’est pas produit les petites année d’Yquem, c’est simplement un vin méconnu, une rareté, sauf chez les Profs. Immense Merci avec un grand M comme Y.

Les deux premiers rouges, deux grands crus de Bourgogne d’un célèbre Domaine dont, par bonté d’âme, je cacherais le nom, sont décevants, surtout eu égard aux pédigrées. Le Pommard « Les Rugiens » 1979 du Domaine Parent relève le niveau, « Les vignes de l’enfant Jésus » 1972 du Domaine Bouchard divise la tablée, personnellement, j’ai aimé, mais moins que le Château Palmer 2001, un Margaux au nez de griotte, de cassis, de tabac et d’épices orientales avec une bouche dense, profonde et gourmande. On poursuit par une doublette, un Pichon-Longueville 1996 et un Darmagi 1996 d’Angelo Gaia. J’ai un gros petit faible pour Darmagi à l’intense nez de cerise noire, de cuir, de tabac et de truffe et à la bouche dense et tannique avec un élevage luxueux et une acidité aussi Italienne que magique. On termine cette soirée par un autre monstre. Château Gilette « Crème de tête » 1950 ! Rien que ça … Un vin d’une autre époque, d’une autre vie. Une robe lumineuse, dorée, des notes de citron, de pamplemousse, d’abricot, d’orange amère, d’ananas, de tilleul, de menthe et de cacao et j’en passe. La bouche est ample, puissante avec un fin botrytis et une finale éblouissante sur de beaux amers abricotés. Parfait. C’est le genre de vin qui monte directement au cerveau. En matière de vin, je connais les raccourcis ! je préfère le caviar, même si, malheureusement, le caviar n’est pas une solution à tous les maux, mais, comme me le dit si bien Ranulphe, la merde non plus ! Fin de soirée, le soleil s’est couché sur la lune et fornique joyeusement quand JeanDa, qui n’ouvre pas la bouche que pour manger, s’est senti obligé de chanter l’hymne à la joie en Berbère avec une voix qui ferait passer Joe Cooker pour un castra et Carla Bruni pour Klauss Nomi. J’ai vu des vieilles taupes effarouchées se jeter sous les phares d’automobilistes effarés par ce qu’ils entendaient. Le professeur de menuet, à l’étroit dans sa chemise à jabot achetée à l’époque où il avait quelques kilos de moins et où il avait l’insouciance de l’étudiant qui sait qu’il aura 3 mois de vacances par an, toute sa vie durant, une plume de danseuse du Crazy Horse dans ses cheveux de caniche en bataille, s’est mis à danser le bac du cygne en léchant le plomb des congés de vieilles bouteilles. Je dois reconnaitre humblement, que, jamais, même avec une bonne dose de créativité, je ne l’imaginais assez souple, pour faire ça… Certains de ses collègues travaillent en férocité, lui, il a des manières… Organdi, ballerines, moule-burnes, le menuet, iiihooohaaahiii-laaaliiilaaa, il n’a pas l’habitude de se laisser charrier par des saucisses. Avec lui, on prend toujours des allers simples et des retours compliqués. L’éducation, ça ne s’apprend pas, même chez des profs.

PS : Pardon pour la douzaine de vins dont je n’ai pas parlé faute de notes et d’envie.