Les vacances de la vacance au naturel

Mes vacances sont natures, pas naturistes, je ne montre pas mon corps de Dieu grecs, pas Apollon, plutôt Dionysos puisque qu’un ami toubib m’a conseillé, pour ma santé, d’éviter de manger, alors que j’ai toujours l’estomac dans l’étalon. Je suis donc parti dans un endroit où on ne traite pas contre les moustiques, pour préserver la nature, selon les écologistes et pour nous pourrir la vie, selon moi et le proprio du camping. Résultat, je suis couvert de piqures de moustique tigre, de culicidés ou autres maringouins. Je suis plus piqué qu’un fakir sur un passage clouté. Trop de monde sur cette plage… Et quel cagnard … Mais qu’est-ce que je suis venu faire dans cet enfer du tourisme de masse ? Rien, comme le suggère la racine latine du mot vacance, vacuum, vide ? Il n’y a surement pas de quoi se noyer dans un océan de perplexité, mais, même si c’est l’été et que le soleil darde ses rayons mordorés, il faut quand même faire ses devoirs conjugaux de vacances. Il me faut pondre ce compte rendu de soirée où j’ai pris autant de notes qu’un analphabète moldave et manchot pourrait en prendre. C’est les vacances, faut vous le dire en moldave ? La soirée était sensée tourner autour du Jura, on va donc se gaver de petits vins d’Arbois et de fromages qui va falloir un jour inscrire au patrimoine mondial de l’humanité. Il y a bien des gens qui essaient de faire inscrire Le Corbusier, le pire architecte de l’histoire de l’architecture, au même patrimoine mondial. Et si on va par-là, ce sera la porte ouverte à toutes les fenêtres, les Italiens feront inscrire le farniente au patrimoine mondial de l’humanité, les Suisses les bacs de géraniums et leur accent à la con, les Espagnols inscriront le dopage de masse et les Bretons leurs chapeaux ronds aussi con que l’accent Suisse-Helvète. Une youtubeuse particulièrement méconnue a même demandé officiellement à l’UNESCO d’inscrire son cul au patrimoine mondial de l’humanité. Soutenue par la confrérie des bloggeurs et l’ordre des facebookeurs, sa demande a fait débat et a déclenché des centaines de commentaires, certainement pour détourner l’attention des vrais problèmes de la société que sont l’islamisation rampante, la construction européenne et la politique de sieur Macron. Jusqu’à la demande d’un internaute prépubère prénommé Regis qui demanda : « au fait, on l’a vu, le cul de la meuf » et comme tel n’était pas le cas, on passa rapidement à autre chose.

On passe donc à autre chose et, après une introduction bullesque, on commence par une Roussette de Savoie, le Cellier des pauvres, nature 2016 de Marie et Florian Curtet. Un domaine entre lacs et montagnes, sur les pentes abruptes de Chautagne, cinq hectares de vignes en biodynamie qui surplombent le Rhône. Un vin précis, gourmand qui porte haut les terroirs de Savoie. La Cuvée « Pas à Pas » 2015 de JP Rietsch est une cuvée perpétuelle de Klevener, un Savagnin rose à la belle couleur orangée, un nez complexe, original et subtilement oxydatif et une bouche mûre et vive. On poursuit dans le Savagnin avec deux belles quilles très proches arômatiquement. Le « ouillage » des vins est une opération simple qui se fait partout dans le monde. Le jura a fait un peu bande à part avec ses Savagnins non ouillés, mais, ceux qui ont eu la chance de goûter un Vieux Savagnin Ouillé d’Overnoy ou de  Ganevat vous le diront avec des trémolos dans la voix, on atteint des sommets de pureté, et de complexité. Sans atteindre ses sommets, le Savagnin Ouillé de Didier et Jules Grappe et celui de Philippe Chatillon sont des modèles de vin nature, stable et minéral. Philippe Chatillon pousse le bouchon et travaille ses vins en bio-harmonie. Selon lui, la vibration du son est importante puisqu’elle permet d’équilibrer les vins à la cave. Il utilise une harpe en cristal et des bols chantants pour harmoniser les vins. Cette technique pourrait amènerait une énergie et une harmonie bénéfique aux vins. Tout au nord de la région des Abruzzes, le village de Torano Nuovo livre un panorama saisissant sur les collines verdoyantes s’étendant entre la mer à 10km et les montagnes élevées, souvent couvertes de neige. C’est dans cette nature préservée que se situe le domaine Emidio Pepe, un des joyeux de l’Italie viticole. Le Trebbiano d´Abruzzo d’Emidio Pepe est un vin expressif, généreux et profond, aux notes citronnées et d’infusion.

On débute les rouges avec une Mondeuse centenaire, toujours le Cellier des pauvres, nature 2016 de Marie et Florian Curtet. Comme pour la Roussette du même domaine, c’est un vin surprenant. A tort, on n’attend pas un vin de Savoie à ce niveau-là. Beaucoup de vigneron de cette région devraient en pendre de la graine et bien la moudre. LeCellier des Pauvres est un haut lieu de la viticulture en Chautagne, un endroit chargé d’histoire où règne réellement une ambiance particulière, presque intemporelle. Des vignes de Mondeuse plantés au début du siècle dernier, des francs de pieds qui offrent encore des rendements exceptionnels pour leur grand âge. Un nez entre la pureté des grandes Syrah rhodaniennes, et l’énergie des vins de Bourgogne. Des notes de mûre, de café et de fraise des bois, une jeunesse et un potentiel pour faire de cette Mondeuse un vin dont on parlera longtemps. Respect. Petite doublette de Jurassien avec le Trousseau de Jean Baptiste Remigoz, la Pépée 2016 et celui du Domaine Tissot, teinté de Pinot Noir, ce qui explique l’engouement de Régis et Hubert. Pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on ne trouve pas sur place ? C’est la question que se pose tous les juilletistes et tous les aoutiens, mais aussi la question que nous pose Pierre Beaugé. C’est toujours un privilège de croiser des gens qui pensent et vivent différemment le vin. Pour Pierre Beauger, ces vins sont l’expression même de ce qu’il est, entier, libre, authentique et généreux. Son Pinot Noir, comme aucun de ses vins, n’a croisé sur son chemin, le soufre, la chaptalisation, le levurage, le tartriquaque, les lysozymes, la crioextraction, l’osmose inverse … Des mots qui font froid dans le dos de Pierre Beaugé. Ses vins sont naturellement nature, ils sont rares et d’une pureté absolue. Certains disent qu’il est fou, mais c’est plutôt ceux qui n’ont pas goûté qui sont fous de passer à côté d’un tel vigneron. Un vigneron qui participe au renouveau des vins d’Auvergne dans la petite commune de Montaigut-le-Blanc en Puy de Dôme.

Il faut toujours garder quelques bouteilles pour se rendre compte de la beauté des vieux vins. Le Montepulciano d´Abruzzo 1997 d’Emidio Pepe possède le fruit des vins jeunes, le velouté et la texture des vins plus âgés, la noblesse et la sincérité des vins paysans. C’est frais, c’est bon comme un voyage en Italie. Retour en France avec le Domaine Guigal. Basé à Ampuis dans le Rhône, Marcel Guigal, 75 ans, est un vigneron autodidacte devenu, presque par accident, l’un des viticulteurs les plus respectés de France. Parti de presque rien, il est aujourd’hui à la tête de plusieurs domaines et d’un empire de 74 ha qui produit 7 millions de bouteilles par an ! Cette rapide expansion lui a valu quelques inimitiés et une imbuvable réputation. Pourtant, son St Joseph « Lieu dit St Joseph » 2007 est très buvable, un vin à son image. Un boisé très présent, noble et parfaitement fondu, un jus dense, riche et solaire et un bel équilibre général qui ravira tous les palais présents. Pour juger du travail de Marcel Guigal, il faut goûter ses parcellaires.  Si le Domaine Guigal s’est fait une réputation mondiale aussi rapidement, c’est grâce au travail titanesque de valorisation de la Côte Brune et de la Côte Blonde, là où règnent ses La-La-La qui rendent fou les amateurs de vin. Ce petit nom mélodieux est la contraction de, La Mouline, La Landonne et La Turque. Ce soir, c’est La Landonne. Située sur un coteau vertigineux de la Côte Brune (65°), riche en oxyde de fer, elle offre des vins puissants et minéraux. Même sur un petit millésime, cette Landonne 2004 présente un remarquable équilibre entre fruit et évolution, entre force et fraîcheur, entre réglisse, cuir, et arôme de café et d’épices orientales. On termine avec une autre douceur issue des pentes d’Ampuis. Une Côte Rôtie 2008 de Jean Paul Jamet, un autre maître de cette appellation mythique. Un vigneron de caractère, qui a forgé ses certitudes au fil du temps passé dans des terrasses abruptes où son instinct lui a indiqué la marche à suivre. Il ne se réclame d’aucune tradition. Son crédo, comme pour Jean-Louis Chave, c’est l’assemblage. Chez lui, pas de sélection parcellaire. Seule la Côte Brune, sa Côte Rôtie haut de gamme, ne provient que d’une seule parcelle sur la délimitation cadastrale Côte Brune, dont il connaît la qualité, la régularité et l’équilibre, millésime après millésime. Il n’aime pas se focaliser sur un vin, une parcelle ou un millésime. Sa Côte Rôtie classique reposent sur une savante alchimie de 25 parcelles sur 15 lieux-dits différents, avec chacun sa subtilité de terroir et ses qualités propres. La matière première est vinifiée et élevée isolément ou par regroupement de lieux-dits avant le grand rassemblement final précédant la mise en bouteille. Plus de travail, mais une diversité de sols et des expositions qui offrent une multitude de possibilités, voire divers stades de maturité avec lesquels on peut jouer pour composer l’assemblage définitif. En cave, Jean-Paul Jamet aime les vendanges entières et cela se sent dans ses vins. Sa Côte-Rôtie 2008 est très florale, sur la pivoine et la violette, très fruité, fruits noirs et framboise, l’élevage est discret et élégant et la bouche est pleine, encore un peu serrée, mais possède le caractère et la force des vins d’Ampuis.

Le bio, c’est bon, dans un verre comme dans une assiette. Chez Didier, tout est bio, même les brouettes et le coca-cola. Depuis notre discutions bio, j’ai revu ma stratégie alimentaire. Je ne me nourris plus que de graines germées. Une boisson miracle, faite maison, composée de graines germées, principalement de graines d’orge. Il n’y a rien de plus sain que les graines, elles portent la vie en elles. Je vous passe les détails, mais on ajoute à ces graines germées de l’eau de source et des levures, afin d’optimiser le potentiel de vivacité du produit. Puis on laisse reposer, car quoi de plus important dans notre société que de savoir prendre son temps ? Après fermentation, je mets en bouteilles bio et j’en bois quelques litres par jour, faut dire qu’il fait très chaud, faut d’hydrater, c’est mon toubib qui me le répète sans cesse. Depuis, je me sens beaucoup mieux, je suis toujours de bonne humeur, voire très gai, parfois même sans raison. Je dors mieux aussi. Au début, il y a eu quelques effets secondaires fâcheux, quelques vomissements, mais j’ai su m’en accommoder, car le bien être de mon corps est à ce prix. Bon, je suis bourré en permanence, mais je m’en fous un peu …