Vous n’aurez pas l’Alsace et ma migraine

Il était quoi ? 7H47, à peine plus, pas moins non plus d’ailleurs. C’est une soif monstrueuse et une haleine de chacal qui m’ont réveillé. Je me lève, je la bouscule, comme d’habitude. La journée va être longue et probablement laborieuse. 4 heures de sommeil, à peine plus. Vous êtes combien ? Dis-je au troupeau de saumons qui s’amuse dans ma baignoire. 7 mon Colonel, me répond le plus gros, on attend la choucroute pour rentrer chez nous. Gardez-m’en une tranche, leur dis-je d’un ton alerte à Malibu. Je rampe jusqu’à la cuisine, Philou le Breton y a passé la nuit, il arbore une magnifique cape de mousquetaire, un masque de Batman et une couche Pamper’s Baby Dry. Il me lance un couteau de cuisine au visage en finissant une énorme andouillette purée qu’il a saucé au miel. Entre deux bouchées à faire pâlir un Sénégalais, il lâche Milou, son doberman habillé par Karl Lagerfeld et va se cacher dans le four.  Salut Portos, lui lance-je en même temps que son couteau de cuisine et les oreilles de son clébard. Reste dans le four, t’es déjà farci comme une paupiette, je vais t’arroser au Sylvaner et je te boufferai à midi.

J’attaque le nettoyage du chantier. Je retrouve des restes de tarte flambée, de salade de cervelas, de presskopf, de fleischschnaka, de choucroute, de Baeckeofe, de munster et de Kougelhof. Mon petit doigt me dit que la soirée était Alsacienne et que je devrais retrouver quelques bouteilles de vin d’Alsace. Mon intuition est corroborée par les 27 bouteilles qui trônent sur le buffet et le petit cochon violet d’une soixantaine de kilos qui dort sous le buffet. Je le fais rouler jusqu’au four, je me taperai la bête à midi avec le mousquetaire et les oreilles de son chien. Je range la salle à manger, puis j’atteints mon bureau, allume mon écran d’ordinateur qui, aujourd’hui, crache des flammes. Les flammes ont brûlé les derniers poils trônant sur ma caillasse. Je suis chauve, gras comme un os à moelle, je sue comme un poulet micro-ondé, ma peau est moite, mes yeux vitreux et une putain de migraine me parcours le cervelet. Je ne me souviens plus de rien, 27 quilles à 7, ça fait combien en kilomètre heure ?  Je rassemble mes quelques brides de souvenir et j’attaque le compte rendu.

Comment c’est parti cette histoire ? Des bulles de chez Von Buhl le bien nommé, un Champagne brut nature du Domaine Drappier et un Sylvaner Zotzenberg 2014 du Domaine Rietsch, un Z pas zozo, mûr, bien en place, solaire, puissant, équilibré et complexe. Le thème, c’est les grands crus d’Alsace, pour se faire, deux vins du même domaine, Dirler, deux Riesling presque voisins, un Belzbrunen 2008, vif fumé, sur les fleurs, le pamplemousse et le miel, et un Kessler 2012, plus sur la retenue et la finesse. Autres doublettes remarquée, deux Muenchberg du Domaine Ostertag, un 2009 sur l’orange amère et un 2008 sur les agrumes, le miel et une belle ligne acide. Pour accompagner mes fleischschnaka à l’épaule d’agneau à la marocaine, un Pinot noir Kalkstein 2013 de Franck John, un beau vin du Palatinat, délicat, léger et tout en finesse et un Vosne Romanée « Aux Réa » 2012 de Thibault Ligier-Belair 2012, floral, framboisé, mais en manque d’envol (très bien le lendemain). Retour au blancs, un Riesling Saering 1996 du Domaine Schlumberger, sur le miel, l’encaustique et l’orange amère, un Kastelberg 2014 du Domaine des Marronniers sur le fenouil et le citron vert.  Le Riesling Brand 2003 du Domaine Zind-Humbrecht possède un nez superbe, légèrement pétrolé, sur les fruits jaunes, la pierre sèche et les épices. La bouche est dense, très agréable, citronnée, fraîche, riche, avec une belle minéralité et une longue finale. La suivante est également magnifique, sur l’orange, les abricots, la fleur d’oranger, le miel et une fine amertume du la finale, un très beau Gewurztraminer 2006 « Tradition Hugel ».

Pour accompagner le Baeckeofe de canard, on revient au pinot noir, Bollenberg 2010 du Domaine Zusslin, sur la prune, la fraise et la feuille morte, et un Pinot Noir Caroline 2015 du Domaine Diehl, dans la Nahe, plus puissant, mais également très bon. On dit que l’appellation Chambertin était déjà connue en 630, puisque le Duc Amalgaire céda cette parcelle prestigieuse à des moines, pour qu’ils la cultivent. On connait la suite, les vins de Chambertin sont de véritables nectars qui ravissent ceux qui ont la chance de les boire. Le Chambertin 2008 du Domaine Trapet n’échappe pas à la règle d’or. C’est puissant, sur la livèche, les fruits rouges, le zan, la terre, le pierre sèche, un condensé de grand terroir. En bouche, le vin a de la gentillesse, des tannins fins et élégants et une finale sur la rose. Vous n’aurez pas l’Alsace et l’Aquitaine, poser un St Émilion Clos de l’Oratoire 1981 et un Bel Air Marquis d’Aligre 1995 dans une soirée Alsace, fallait oser, et c’est qui qui a fait ça ? C’est moi et le Philou de bretagne, c’est dire la migraine qu’on avait. L’Oratoire, un beau Bordeaux, sans plus, des arômes de vieux Cabernet et de graphite, le BAMA est plus en chair, sur le tabac et les épices. Qui dit canard, dit vin du Sud-Ouest, un Madiran, Montas cuvée prestige 1997, sur la terre et les fruits noirs et un Cahors, Clos Triguedina New Black Wine 1996, au nez flatteur, fruité et épicé et à la bouche onctueuse, réglissée et gourmande. On (se) termine avec une triplette de sucrette, un Gewurztraminer VT 1997 de Léon Beyer sur l’abricot confit et le thé vert, un Riesling VT 1989 Hugel, lactée et sur la figue et un Eiswein Bernkasteler 2009 du Doc Pauly-Bergweiler, une douceur d’agrumes confits et de minéralité avec une finale interminable. J’ai surement oublié quelques vins, mais je dois pas être le seul a avoir zappé quelques vins.

Une fois nos agapes sur le papier de mon écran, l’émotion m’étreint et me pousse à déserter mon poste de travail. Je libère Portos qui a sympathisé avec le cochon et mangé les oreilles de son chien. Les restes du chien, hormis les oreilles, gît, par terre, dans le couloir, décédé, il a visiblement été découpé avec un épluche-agrumes, d’aucuns diraient même qu’il s’est fait carotter. C’est moche et pas beau à voir. En voyant l’état de son meilleur ami, le Breton lâche un pet, puis son drone et fait une tête de bison nourri aux hormones de croissance, cours dans mon jardin en crachant de l’acide sulfurique, trouve une niche de renard, se replis comme un huitre bretonne et s’endors comme une palourde qui aurait bu un litre de Toplexil. La maison est propre comme un sou veuf. De joie, je tente une petite série de claquettes portoricaines, les flammes de l’ordinateur commencent à caraméliser et offrent désormais une belle couleur irisée, salto arrière avec double boucle piquée et je retombe sur mon canapé, la migraine s’est éloignée comme un gazouillement céleste, mes cheveux ont repoussé, bref, une journée d’après soirée, l’ordinaire d’un Soiffards …

 

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