Hasta la victoria siempre des vins natures

« Quand la première pensée qui vient à l’esprit en goûtant un vin est « ah, ça c’est un vin nature », est-ce une bonne chose ? Je veux dire par là que cela prend le pas sur l’appellation, le terroir, le millésime, etc… » C’est la question que pose notre JeanDa préféré. C’est un putain de poncif, mais c’est aussi une putain de bonne question qui méritait un peu plus qu’une réponse en commentaire. Que l’on déguste un vin naturel ou pas, chaque vin a ses arômes propres, sa typicité. Lorsque l’on goûte pour la première fois un vin dit « naturel », on est souvent dérouté, car il est différent de ce que l’on a l’habitude de déguster. Ce plongeon dans l’inconnu nous fait découvrir des goûts, des arômes différents qui vont à l’encontre de nos habitudes de consommation. Débarrassé de chimie, libéré des levures industrielles et des autres poudres de perlimpinpin, délivré de la sainte barrique et de la technologie toute puissance, le vin perdrait son âme, son goût de terroir et ses références aux millésimes ? Surement pas. Une jolie fille sans maquillage reste une jolie fille, si et seulement si, elle était jolie avant de se maquiller. C’est pareil pour le vin.

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Le choix de sophiste

As-tu le choix de lire ce texte ? Tu dois, bien sûr, être tenté de répondre immédiatement oui et d’aller finir cet excellent livre qui raconte la vie palpitante d’une morue que sa mère a appelée Palourde, tout un programme, et qui a fini, sur un parking de St Raie, par avoir le choix entre se faire gratter la coquille par un groupe de touristes Allemand en mal de sandalettes et de fantasmes ou de finir en brandade pour les mêmes touristes Allemands. Mais le fait est que tu es en train de me lire. Donc, tu n’as plus le choix, sauf celui de ne pas connaitre la fin.

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La mortitude des choses de la vie

Il y a quelques jours, la mort m’a invité pour me demander d’écrire un truc drôle, léger, pétillant. Ok, ai-je opiné du chef. Mais sur quel sujet ? Le Champagne, ça pétille, c’est festif et c’est léger, alors que la mort, ce n’est pas drôle, c’est pas festif, sauf si tu aimes les enterrements et c’est lourdingue comme sujet. Comme je ne suis pas du genre à avoir ma langue dans la poche, ce qui est, si on y réfléchi bien, quand même relativement compliqué pour écrire, du coup, tout en faisant un gros fuck à tous les champenois, j’ai choisi de parler de mon hôte : la mort !   Continuer la lecture de « La mortitude des choses de la vie »

Dylan est l’opium du peuple

Il n’y a pas si longtemps, la religion était l’opium du peuple. Une promesse de monde meilleur, faite aux prolétaires pour différer la révolte, ici-bas. Mais c’était surtout une illusion profitable aux classes dominantes, une idée qui conforte leur pouvoir. Aujourd’hui, les jeux et la télévision sont le nouvel opium du peuple et en ce moment, les jeux olympiques télévisée nous détourne de la réalité.  Alors, pour m’endormir, j’ai le choix entre une bonne partie de curling acrobatique, la vie des pandas roux en milieu neigeux ou un zapping sur mes 200 chaines, dont 195 que je ne regarde jamais. Et bien m’en a pris, je suis tombé sur « Sundance TV » et sur un extraordinaire documentaire : Lost Songs : The Basement Tapes Continued.

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La rincée des douze singes

Nous sommes tous des singes et nous sommes tous des candidats au conditionnement. Prenez douze singes, mettez-les dans une pièce où est accrochée une banane au plafond, et seule une échelle permet d’y accéder. Les singes sont agiles et vont monter sur l’échelle pour prendre les bananes. Oui, mais la pièce a été dotée d’un système de sprinklers qui arrose toute la pièce d’eau glacée dès qu’un singe tente d’escalader l’échelle. Résultat, douche froide pour tous les singes. C’est le conditionnement. Les chimpanzés apprennent très vite que tenter de prendre la banane, c’est faire subir au groupe une douche glacée, et les singes n’aiment pas ça. Ils apprennent en regardant leurs congénères, mais également en tentant eux-mêmes l’escalade. Si l’apprentissage ne se fait pas toujours par expérience individuelle, il se fait très vite par les réactions du groupe. Si un chimpanzé tente l’expérience, les plus vifs et les plus forts se précipitent sur lui pour empêcher que tous ne subissent la douche froide et l’impétueux macaque est remis à sa place à grand coup de pied au cul. Un fois l’apprentissage bien acquis, le système d’eau glacée est désactivé. Les chimpanzés conservent l’expérience acquise et ne tentent pas d’approcher de l’échelle. Bien que ne craignant plus d’être aspergés, les chimpanzés ont consolidé un comportement interdit.

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Le désaccord n’est pas un bourre-pif collaboratif

J’aime le désaccord ! Du fait notamment de sa mauvaise réputation. Mais, comment fonder quelque chose sur un désaccord ? La première chose à bien comprendre, c’est que nous ne croyons plus au rêve d’une société sans contradiction, sans conflit, entièrement réconciliée, parce que les sociétés les plus totalitaires sont issues de ce rêve-là. Nous savons donc que nous sommes plongés dans le conflit des interprétations, dans le désaccord, jusqu’à la fin des temps. Amen ! C’est notre karma. Quand il persiste et semble insoluble, le désaccord est perçu comme un échec, il reflèterait l’incapacité pour les individus à parvenir à un consensus. La tradition philosophique semble à ce titre majoritairement accepter l’idée selon laquelle le désaccord doit être surmonté au profit d’un accord sur ce qui est jugé vrai ou raisonnable. Aristote, lui-même, affirme que la délibération, a pour horizon le dépassement des différends grâce aux vertus du logos (la parole). Désolé mon cher Aristote, mais c’est faux, archi faux. C’est des conneries. Le débat n’a pas pour ambition de convaincre, mais de vaincre, même si c’est con de vaincre ! Mais c’est comme ça. C’est un affrontement. Le désaccord, loin d’être un échec possède bel et bien une valeur. Bien plus qu’un accord, un désaccord permet de clarifier l’identité respective de ses opposants, et de les positionner clairement. Le désaccord permet ainsi à ceux qui l’expriment de faire entendre leur voix, et de satisfaire leur besoin de reconnaissance par le biais de la protestation et de la revendication, avant d’être enfermés et bannis à jamais. Comme le disait le Mahatma Gandhi, un désaccord honnête est souvent un signe de progrès. Deux personnes en désaccord s’accordent au moins pour dire que ça leur fait un point commun. Du désaccord né le compromis et la tolérance.

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Complètement Givry

Comme le dit si justement le philosophe Calogero, on peut s’aimer, se désaimer, on ne ressemble, qu’à ce qu’on fait, on est semblable à ce qu’on est. Attention, je ne te parle pas de désaimer les très nombreuses pages Facebook que tu as frénétiquement likées cette semaine, je te parle de ne plus chérir un truc que tu as beaucoup aimé, voire d’aimer un truc que tu détestes. Je te parle d’ambivalence, d’oscillation et des jeux d’opposition entre aimer et ne pas aimer. Du goût au dégoût, il n’y a parfois qu’un petit faux pas. Un exemple : Coldplay est devenu un groupe que l’on adore détester. La béatitude dégoulinante de Chris Martin qui ne s’arrête plus de chanter des odes à la vie, l’univers rose bonbon du groupe devenu un festival de bisounours, me sort pas les yeux. Mais j’aime bien leurs chansons. De même, nous avons tous une relation ambivalente avec le travail. Le travail est à la fois quelque chose de pénible dont on aimerait se passer et un moteur de développement, de libération et d’épanouissement. Le travail, c’est bien, mais personnellement, j’aimerai m’en passer. On est loin du pinard ? Pas tant que ça. Le vin, son apprentissage, l’apprivoisement de son gout, la recherche de son propre gout, c’est quelque chose de progressif et chacun, à son rythme, nous avançons à force d’expérience. Même si le plaisir est immuable, nos goûts changent. Choisir, c’est renoncer.

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Leçon de philo pour les agités du bocal

La philosophie ne doit pas être moralisatrice, mais inspirante. Que cette histoire soit vraie ou non importe peu, la leçon qu’elle apporte, en revanche, est pleine d’inspiration. Tout commence dans une salle de classe. Le cours commence et les élèves s’installent, prêts à écouter leur professeur. Le prof de philosophie se tient devant ses élèves et introduit son cours :  » Nous n’avons qu’une vie à vivre, une ombre fuyante au sein de toute la vie de ce vaste univers. Nous avons la capacité de tout accomplir. Vraiment tout ! Si nous utilisons notre temps intelligemment ». Puis, il sort de son sac un bocal vide et le pose devant lui et commence à le remplir avec des balles de golf. Une fois le bocal rempli de balles, il demande aux étudiants si le pot est plein. Unanimement, les étudiants conviennent qu’il l’est. Le professeur se saisit alors d’une boîte de petits cailloux et les verse dans le bocal. Il secoue légèrement le bocal pour laisser les cailloux rouler vers les zones libres entre les balles de golf. Il repose ensuite sa question et, une fois encore, les étudiants répondent en chœur que le récipient est rempli. Il prend alors une boîte contenant du sable et commence à le verser dans le pot. Bien entendu, le sable remplit tout l’espace entre les balles de golf et les cailloux. Une nouvelle fois, il pose la même question, et obtient la même réponse. Le bocal est maintenant plein. Le professeur, franchement amusé, prend une bouteille de vin de son sac et verse tout leur contenu dans le pot. Le vin comble alors immédiatement tout l’espace vide entre le sable. Réalisant qu’il se sont encore fait avoir, les étudiants rient de bon cœur.

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N’ayons pas peur d’Épicure

Cette fois, c’est du sérieux, nous allons causer philo et nous piquer d’Épicure. Mais c’est quoi un épicurien? Ce n’est pas toujours une sinécure que d’être un accro d’Épicure qui aime les épines et pas les roses et souvent, les orties sont ses copines. Oui, je m’adonne à l’hédonisme, je suis un ampélosophiste, un humaniste de bistrot, que je préfère au platonisme qui n’a rien à voir avec celui qui aime les femmes plates. Si je suis un épicurien, c’est que je me contente du mieux que rien, de la guêpe, je ne crains le Dard, mais comme Frédéric, je tiens d’Épicure le don d’esquiver les jouisseurs insupportables. Je suis de l’épicurie, mais je déteste les hommes et les vins qui sentent l’écurie. L’épicurisme, c’est une vie dédiée au plaisir. Un terme galvaudé, par des partouzards ou des érotomanes de tous poils, à la recherchent d’un prétexte doctrinal à leurs activités lubriques. L’image du pourceau colle à la peau des épicuriens. Ce ne sont pas des gloutons, jouisseurs et ignorant, l’épicurisme, qui fut, avec le stoïcisme, l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité, est souvent confondu à tort avec une recherche effrénée du plaisir.

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Le fil d’Arianna

Arianna, c’est le nom d’une des épouses de Bacchus.  Un signe ? Surement ? La famille, un autre signe. Très jeune, son oncle Giusto l’emmène à Vinitaly pour représenter le domaine COS. Dans la foulée, elle termine ses études et part pour la Faculté d’Œnologie de Milan. Une carrière est née. A l’image de son oncle qui vient de sortir les amphores de l’argile d’Espagne, elle rêve de faire des grands vins sur le terroir de son enfance, en Sicile, près de Vittoria, au sud-est de l’île, une campagne sauvage et envoutante. Elle achète 1 hectare de terres au lieu-dit Fossa di Lupo, un lopin de terre dans l’Appellation actuelle Cerasuolo di Vittoria, des vignes de 20 ans d’âge, de Frappato et de Nero d’Avola. Ces études Milanaise digérées, elle va se forger ses certitudes, jeter aux oubliettes celles de ses professeurs qui lui ont appris le vin comme un produit industriel dont on doit contrôler chaque molécule chimiquement, qu’on construit à base de levures chimiquement parfaite pour standardiser le produit. Elle va faire ce qu’on doit toujours faire avant d’agir : réfléchir, tester, essayer, se tromper parfois, mais pour rebondir, améliorer. Un questionnement permanent, avec comme seul but, progresser et toujours faire mieux. Elle côtoie Elisabetta Foradori, Frank Cornelissen ou Nicolas Joly, et se forge ses certitudes : le respect des sols et de la nature, la biodiversité, la rigueur. Elle aspire à un vin léger, élégant, peu alcoolisé.

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