A la recherche des arômes perdus

Longtemps, je me suis couché de bonne heure, pas pour dormir, mais pour lire et mieux me porter. Selon des chercheurs de l’université de Yale, une demi-heure de lecture par jour augmenterait l’espérance de vie de deux ans. Même du Marcel Proust ? Une histoire de madeleine, des phrases de 40 lignes, pas d’action. Oui monsieur ! Deux ans de rab pour quelques madeleines, une Albertine et 2.400 pages divisées en 7 tomes, c’est cadeau, ça me fait plaisir. Passée du statut de simple gâteau à celui de référence littéraire ancrée dans la culture populaire, la célèbre madeleine a désormais acquis une valeur d’icône. Cette expression est utilisée pour évoquer un phénomène bien particulier lié à la réminiscence d’arômes et de goûts, les sentiments et les souvenirs que provoquent chez nous une sensation, une odeur, etc.

Ces sentiments, ancrés dans nos esprits, peuvent être un extraordinaire levier dans la dégustation du vin. Lorsque je ne parviens pas à trouver un arôme, et plus encore si je le reconnais sans pouvoir le nommer, j’applique immédiatement ce principe. Je me concentre alors, non pas sur l’arôme en lui-même, mais sur ce qu’il provoque en moi, ce qu’il me rappelle. Généralement, le vin, on le ressent plus que l’on ne le sent, on réagit à une odeur, on le fait par réflexe, spontanément. De plus, il parait que la consommation raisonnable de vin rouge aiderait à ralentir les méfaits du vieillissement, mais aussi à améliorer notre mémoire. Le vin serait capable de nous aider à reconstruire des événements plus facilement. La mémoire est un muscle qu’il faut entretenir, la fraise des bois, la mûre, la pierre mouillée, les odeurs de fougères, les épices, un jouet en bois, le pipi de chat, toutes ses odeurs me rappellent un moment, un lieu, une personne … Buvez du vin, sentez-le, plus votre nez sera entrainé à associer une odeur à une chose, meilleur il sera pour identifier des arômes. Et en matière d’arômes, ce Trévallon 2007 me rappelle des confiture de fraise, de mûre et de figue sur du pain grillé, des effluves de Peter Stuyvesant et la douceur d’un bol de chocolat chaud.

Domaine de Trévallon 2007