Théorie du dualisme minéral et autres cauchemars

Longtemps l’apanage des eaux, la minéralité envahie le monde de la dégustation du vin. La minéralité est un qualificatif de plus en plus utilisé. Pourtant il existe depuis toujours. Pendant longtemps, en Alsace, c’était le goût de pétrole, en Bourgogne, ce sont des odeurs soufrées, de silex, de poudre à canon, des arômes brûlés, voire oxydés. Dans d’autres régions, la minéralité s’apparente à la mine de crayon, au graphite, ou encore à l’encre. Pour avoir goûté en compagnie de quelques stakhanovistes du goulot, il semblerait qu’un vin minéral ait plutôt une acidité marquée et qu’il soit un rien austère. Le mot « minéralité » est souvent employé mais jamais défini. Et c’est là son principal problème. Tout d’abord, la minéralité est une notion subjective, donc non mesurable, contrairement à l’acidité. Et, non contente d’être une notion on ne peut plus subjective, elle peut recouvrir des choses assez différentes. D’abord, et c’est le côté le plus facile, il y a les arômes dits minéraux que l’on trouve dans certains vins : les arômes de pierre à fusil, de silex, de pierre sèche et on peut même y ajouter les arômes pétrolés bien que l’origine des arômes pétrolés soit discutable et discutée. Nous avons également la minéralité en bouche, les notes salines sont souvent qualifiées de minérales, ce sont des impressions tactiles ou gustatives et les explications ou définitions avancées sont toujours faciles à tourner en dérision. Pour certains, « minéral » s’opposerait à « pute »! Un nouveau messie autoproclamé de la dégustation n’hésite pas dans un de ses commentaires à dire : « un vin à la minéralité sous-jacente qui exhale des parfums d’eau de vie et termine sur une eau de roche … » Jésus transformait l’eau en vin, notre Messie vineux nous la fait à l’envers …

Un vin issu de raisins très mûr sur un sol rocheux où même l’herbe ne pousse pas, ne sera jamais minéral s’il est riche et peu acide. Un rouge dur comme un coup de trique issu d’un sol chargé d’argile lourde brillera de minéralité. La minéralité n’est pas l’acidité mais l’impression de sa perception en bouche, la minéralité évoque le sol, le terroir, elle peut parfois être assimilée à l’impression de sucer un caillou. La minéralité est une notion positive alors que l’acidité peut avoir des aspects négatifs, la minéralité ne doit pas être désagréable en bouche même si elle est parfois un peu dure, ou plutôt un peu brute. La minéralité est une notion qui sous-entend une certaine complexité, la minéralité est synonyme d’une certaine pureté d’expression aromatique et aussi de droiture. La minéralité s’exprime en milieu et surtout en fin de bouche, sur la finale, là où se niche bien souvent la signature du terroir d’un vin. Si Audiard réécrivait « les Tontons Flingueurs », j’imagine le dialogue dans la péniche :  » Tout ça pour vous faire comprendre, Monsieur Fernand, que le pastis perd de l’adhérent chaque jour, les jeunes se torchent aux cocktails, les anciens se soignent aux eaux de régime et les bobos dégustent du vin minéral, c’est le drame ça, le vin minéral » …

Un vrai et bon pinot noir, plutôt viril, sur des notes de cerise, de mûre, de framboise, d’épices douces et de réglisse. La bouche est tendue, portée par une belle acidité, mûre et très peu boisée. Un bel ensemble, tout en équilibre avec une longue finale épicée. Gevrey-Chambertin Vieilles-vignes 2012 Domaine Denis Mortet

Note : 3.5 sur 5.

Un nez à la fois évolué et fruitée, fruits rouges, mûre, cerise, épices et quelques notes sauvages. La bouche est ronde, savoureuse, élégante, petite acidité et longue finale. Encore très plaisant et gourmand. Morey-St Denis 1er cru clos de la Bussière 2002 Domaine Roumier

Note : 4 sur 5.

Le nez est pur, complexe, net, porté par un superbe fruit, cerise noire, framboise, des notes de terre, d’herbes coupées, de pierre. Enivrant ! La bouche est-elle du même niveau ? Oui, belle attaque, acidité marquée, sans excès, c’est salivant, les tannins sont présents et polis, joli volume, de la gourmandise, de la fraicheur et une longue finale généreuse et sudiste. Un grand Barbaresco. Pajoré 2009 Sottimano

Note : 4.5 sur 5.

Bartolo Mascarello restera à jamais l’homme de l’étiquette « No barrique – no Berlusconi ». Un vigneron engagé, pour son pays, pour sa vigne et ses vins. Son Barolo 2009 est, pour moi, une référence en matière de Barolo, aromatiquement pur, de la cerise, de la framboise, de la mûre, de la ronce, des fleurs, tout un bouquet de rose et un peu d’encens pour l’ambiance. En bouche, c’est magique, tout est à sa place, une matière dense et savoureuse, des tanins qui resserrent sur la fin, une ligne acide parfaite et une persistance incroyable. Un Barolo de base, mais la base de tous les Barolo. Barolo 2009 Bartolo Mascarello

Note : 4 sur 5.

Un nez est d’une grande finesse, sur les fruits noirs, le fumé, le cèdre, un peu de réglisse, de terre et d’encens. La bouche est assez plaisante, le bois est fondu, les tannins sont fins. L’ensemble est agréable, équilibré mais manque un peu de longueur. Saint Julien Château Gruaud Larose 2005

Note : 3 sur 5.

Le nez est éclatant, très expressif, sur la fraise, la violette, le fumé et les épices. En bouche, rien ne dépasse, super équilibre, du volume, une fine acidité, un très léger sucre, des tannins doux et une longue finale épicée. Château Fonsalette Cuvée Syrah 2008

Note : 3 sur 5.

Un nez puissant et expressif marqué par des notes de cassis, de myrtille, de café crème, de menthol, d’épices, de bois très classe et une petite touche de lard grillé. La bouche est dense, robuste, les tanins sont doux, agréable, de la fraicheur et surtout de la profondeur, c’est précis et surtout très long. Une belle turque encore très jeune, moins sauvage et plus gourmande que les précédentes. Côte-Rôtie « La Turque » 2007 Domaine Guigal

Note : 4 sur 5.

La nuit dernière, j’ai fait un cauchemar horrible : j’étais dans une cave pleine de bobo-geeks du vin de la pire espèce, argentés, révolutionnaires sans la sueur, anticonformistes mais respectueux des règles, écologiste pollueur. Ne buvant que des vins vivant, sincères, vinifié par un paysan, dans un esprit post-consumériste, durablement aware … Ils dégustaient en commentant bruyamment un joli Sancerre : « C’est vraiment très crayeux, on sent bien le silex, et ce goût de roche ! » Tout à coup, les protagonistes se retrouvaient à quatre pattes et se mettaient à lécher de petits cailloux avec une tête de canard et en aboyant en araméen. Heureusement, je me suis réveillé après avoir entendu le mot « minéralité », je suis comme le chien de Pavlov, je suis conditionné, parfois même reconditionné …

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