A la foire aux cancres, on compte les bouses à la fin

Ce soir, c’est le bal des cancres, nos deux profs désagrégés ont invité deux autres profs pour nous faire la leçon de terroir. On a quand même à faire à l’élite de l’institution scolaire, celle de Jules Ferry, pas Jean, celui qui a inventé l’instruction obligatoire, mais aussi laïque. C’est à ce moment que le sacré a laissé la place à l’élu, l’auguste, l’instituteur … Celui qui a pour mission, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage, du calcul, du glandage et de la cancritude. Avec ce genre de prof, l’échelle des valeurs est en train de perdre ses barreaux. Rousseau, pas Armand, mais Jean-Jacques, a dit, l’homme est naturellement bon, c’est sûr, il ne connaissait pas Rage et JeanDa. Avec nos deux maitres es cépage, c’est le cercle des dégustateurs disparus. Dans ce duo de chevalier du partiel, celui qui me fascine, c’est JeanDa, il est capable d’expliquer tout ce que tu veux savoir sur un vin, sans même le connaitre, sans jamais l’avoir bu, c’est sa force ! JeanDa, pour qui, ne pas pouvoir revenir en arrière est une forme de progression, dispose de six sens : l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher, le mauvais goût et la tanicité. C’est un excellent skieur, même si ces élèves pensent qui ferait mieux de faire de l’avalanche plutôt que du ski.

Rage, c’est le type de prof qui est aussi discret qu’un sextoy en plein couvent de carmélites. Il a inventé la pénicilline, le petit champignon qui guérit la syphilis et qui doit son nom à ce qu’on le met sur le pénis. Peau d’pêche en dehors, peau d’zob en d’dans. En langage clinique, on appelle ça un irresponsable, en langage universitaire, un bon prof. A deux, ils ont les connaissances viniques d’un bulot mazouté même s’ils ont toujours 10 verres devant eux pour goûter, re goûter, rere goûter. Ils gardent leurs fonds de verres une heure trente en moyenne mais ils sont incapables de trouver, ne serait-ce qu’un cépage ! Des légendes, des épées, des bouches de Zéphyr, les Rubens du grumage, pas le genre de type de gonze à se laisser charrier par une bande de saucisses. Bon, on va commencer la dictée… Ouvrez les guillemets et fermez vos gueules, c’est parti pour le contrôle de méconnaissance, la foire aux cancres. A notre table, on enseigne le Petit Frederic Dard illustré, alias San-Antonio, qui aurait eu 100 ans. Dard klaxonne, vif et clair, génie de la digression, pape des fulgurances, Frederic est un écrivain prodigieux que son lecteur tutoie, une caisse de résonance, l’esprit d’irrévérence, le cul joyeux et la truculence de la langue française élevés au grade de patrimoine national. Malheureusement, il n’est pas enseigné à l’école, c’est d’ailleurs, à mon sens, la plus grande injustice de nos programmes scolaires. L’ennuyeux avec la gloire posthume, c’est qu’on ne peut en profiter qu’après sa mort.

Un pur Pinot Noir issu du lieu-dit Les Clos de la Côte. Zéro dosage. Des notes de biscuit, de mangue et de bergamote. La bulle est fine, légère sensation de sucre malgré le zéro dosage, équilibre sympathique avec une finale fraiche et gourmande. L’Eclos de la Côte Champagne Val Frison

Note : 3 sur 5.

Premier nez désagréable, liquide vaisselle, huiles essentielles, eucalyptus, poire. La bouche est ample, peu expressive, un rien végétal avec une énorme longueur. Potentiel mais peu gourmand. Les Maillons 2010 Champagne Ulysse Colin

 

Note : 2.5 sur 5.

84 mois d’affinage, un boisé présent, des notes d’ananas, d’herbes fraiches, de bergamote et de croûte de pain. Une bouche tendue, droite, minérale avec une belle finale. Riserva Lunelli 2012 Ferrari Trento

Note : 3 sur 5.

Un nez sur la minéralité, calcaire et silex, des notes de citron confit, de biscuit et de tilleul. La bouche est ample, grasse, légèrement caramélisée avec un petit déficit d’acidité. La finale est longue mais l’ensemble manque d’équilibre. Terre de vertus 2010 Champagne Larmandier-Bernier

Note : 2.5 sur 5.

Un nez terpène, pierre à fusil, pamplemousse, citron confit et pêche de vigne. Une bouche ample, sérieuse, minérale, un bel équilibre, de la vivacité et une longue finale miellée. Riesling Kanzlerberg 2009 Domaine Sylvie Spielmann

 

Note : 3 sur 5.

Là aussi, c’est du sérieux, un rien austère, sur la pierre sèche, le citron et le pamplemousse. La bouche est tendue, une belle acidité qui enveloppe une matière ample. La tension est palpable, l’équilibre parfait et la persistance incroyable. Riesling Clos Windsbuhl 2010 Domaine Zind-Humbrecht

Note : 3.5 sur 5.

Des notes de fruits jaunes, de mangue, de racine, de beurre doux et de miel. La bouche est dense et bien structurée. L’acidité apporte beaucoup d’équilibre à l’ensemble et de tension à la finale. Beau vin. Schiste  2018 Domaine des Ardoisières

Note : 3 sur 5.

Un nez sur les fruits exotiques, salin, mûr et des notes de bois. Une bouche ample, puissante, onctueuse, toujours cette salinité et une relative fraicheur qui accompagne la finale. Châteauneuf du Pape Blanc 2020 Clos du Mont Olivet

Note : 2.5 sur 5.

Un peu de réduction, des notes d’acacia, de fleurs blanches et de miel. La bouche est fine, sauvage, fraiche, minérale à souhait avec une grande vivacité qui réveille les papilles. Chablis 2018 François de Nicolaÿ

Note : 3 sur 5.

Un nez dominé par la pierre à fusil et le silex, les fruits jaunes, les agrumes et les épices. La bouche est tendue, vive, gourmande avec une belle acidité qui étire la finale. Arbois Les Bruyères 2016 Domaine Tissot

Note : 3 sur 5.

Le nez offre des arômes de poire mêlés à des notes de jasmin, d’anis et de miel. La bouche est minérale, tout en délicatesse, du velours et une énorme gourmandise. C’est riche et cristallin avec une acidité parfaitement intégrée. Un sublime chablis. Chablis Forest 2009 Domaine Raveneau.

Note : 4 sur 5.

Une robe vieux cognac, des arômes de miel, de coing, de mandarine, de safran, de fruits secs, difficile de décoller le nez du verre. On pense liquoreux et … Surprise, pas de sucre. Du gras, sans lourdeur, de la fraicheur, beaucoup de gourmandise, et une grande persistance qui termine sur des accents de crème brulée et de pâte d’amande. Un yquem mais sans le sucre. Y d’Yquem 1985

Note : 4.5 sur 5.

Les élèves ont parfois de l’humour. Dans le couloir d’un collège était inscrit : « défense de courir ».  Une main inconnue a ajouté en dessous : « sous peine de poursuite ». Pour certains élèves, Molière est une grosse dent, Hong-Kong un gorille géant, une forêt vierge est une forêt qui n’a jamais été pénétrée par l’homme et nos ancêtres les Gaulois ont complètement disparu mais ils nous ont laissé de Charles de Gaulle. Le meilleur du pire de nos têtes blondes contribue à la décadence de l’humanité. En effet Kevin Adams, un économiste de renom, a même établi que suite à la correction de copie, les profs sont grognon, voire un chouïa ronchon, qu’ils s’engueulent avec leurs femmes respectives, frappent leurs enfants, éviscèrent leurs animaux de compagnie, du coup, pas de baise, ce qui entraîne à moyen terme une chute du taux de natalité, une baisse de la consommation, les bourses s’effondrent, le pays s’arrête, entraînant avec lui la zone euro, la hausse de l’essence, l’invasion de l’Ukraine ce qui ne manquera pas de déclencher une crise mondiale sans précédent, sans parler d’apocalypse nucléaire, voire, pour les plus pessimiste, du retour de Céline Dion. Nous sommes donc chanceux, très chanceux même, en cette période d’examen, que nos deux pervers pédagogues, nos deux sérials éducateurs, nos deux gonades préférées, ont pris sur leur temps de correction, leur temps de châtiment natatoire, pour nous concocter une chtite soirée avant de prendre des vacances méritées.

Il y a des « trousseau » légers et des « trousseau » lourdauds. Celui-ci pèse son poids de framboise, de groseille et de ronce. Léger fox qui ne passe pas vraiment, une bouche fumée, un équilibre discutable et une longueur moyenne. Trousseau 2018 Michel Gahier

Note : 2 sur 5.

A ma connaissance, il s’agit du seul Trousseau australien. Un nez gourmand, viandée, sur la griotte, la prune, la groseille et le caramel. Bouche à la puissance moyenne, c’est vif et bien équilibre avec une finale moyennement longue. Trousseau Rocky Valley Road 2019 Domaine Rusden

Note : 2.5 sur 5.

Un nez séduisant de fraise, de groseille, de livèche et de notes de fleurs mêlées à de la vanille. La bouche est ample, avec des tanins très présent, un bois également présent. Légère tension sur la finale. Morgon Côte de Py 2013 Domaine Foillard

Note : 2 sur 5.

Nez de cerise kirschée, de fumée, de chocolat noir, de fleurs capiteuses et de réglisse. La bouche est dense, fraiche, riche, gros volume et tannins fins. C’est glycériné, racé avec une très longue finale sur le café et les épices. Moulin à Vent Les Michelons » 2010 – Domaine Jules Desjourney

Note : 3 sur 5.

Nez délicat, pas très causant, sur les fruits rouges et d’orange sanguine… pas grand-chose d’autre. En bouche l’attaque est franche, le fruité léger, les tannins fins et un petit trait végétal. Un vin bizarre, qui donne l’impression d’une vinification un peu virile sans une grosse matière. Vosne Romanée Aux Brulées 2009 Michel Gros

Note : 2.5 sur 5.

Le nez te donne envie d’être ailleurs, on se risque sur le bizarre, le sauvage, y a du renard mouillé là-dedans, bien tapi au fond de la bouteille. Ça n’engage pas, limite on causerait bien à une autre. Puis, quand même, on se laisse faire …  La bouche étonnamment fait des pirouettes, la danseuse boiteuse se révèle avoir encore un peu de charme. Un fruit noir, une perle, une olive.  La finale elle te la baffe en pleine tronche, amère comme chicotin. Vraiment. La fille que t’a beaucoup aimé et qui n’a jamais rappelé. Cet amer-là. Le Pilou 2011 Olivier Pithon

Note : 1.5 sur 5.

Un premier nez pas très causant mais qui délivre de beaux arômes de fruits noirs, de réglisse et d’épices douces. La bouche est dense, puissante, bel équilibre et finale mentholée. Colline Lucchesi 2011 Tenuta di Valgiano

Note : 3 sur 5.

Le nez est ouvert, très Pauillac, c’est joli, sur des notes de fruits rouges, de cèdre, de fumée, de terre, de tabac blond avec des notes de sous-bois.  La bouche est séduisante, précise, les tannins sont présents, un peu rudes, ce qui lui donne une certaine austérité et une finale amère. Pauillac Lynch Bages 1994

Note : 3 sur 5.

Une vieille dame surprenante de vitalité, un nez sur les fruits noirs, le café, de réglisse et d’humus. En bouche, c’est vif, un jus puissant et long, plein d’équilibre, qui met en avant de mûre et de champignon. C’est très digeste, les tannins sont souples, c’est rond, suave et long. 20 ans, quelques rides mais une forme olympique. Clos Bacquey 2000 Elian da Ros

Note : 3.5 sur 5.

Un nez sur les fruits noirs, le kirsch, le chocolat, la noix de muscade et le cuir. C’est en bouche que La Conseillante se révèle. Une grande buvabilité, sans être fluet, des arômes de réglisse dominent. Beaucoup d’ampleur en bouche, un vin marqué par l’élégance avec une longue finale, toujours sur la réglisse. Pomerol La Conseillante 1998

Note : 3.5 sur 5.

Nez classique de Savagnin, noix, curry, amande et caramel. En bouche, c’est un peu déséquilibré, pas très puissant et pas très persistant. Caves de la Muyre 2000

Note : 2.5 sur 5.

Une robe ambrée, un nez d’écorce d’orange, d’abricot, de rancio, le miel, la cire d’abeille et les épices orientales. En bouche, énorme acidité, puissance impressionnante, superbe équilibre et longueur monumentale. Un grand liquoreux qui ne lasse pas malgré la fatigue gustative de fin de soirée. Oremus 2005 Tokaji Aszú

Note : 4 sur 5.

Au lieu de compter les bouses à la fin de la foire, on a décidé de prendre congé, de prendre des vacances bien méritée. Dès que vous dites que vous êtes prof, on vous parle des vacances. Deux mois de vacances, deux mois de farniente, de plage et de coup de soleil alors qu’en vérité, les profs passent deux mois à revoir leurs cours, préparer la rentrée, faire des lectures imposées, faire de la vielle pédagogique, adapter leurs cours aux nouveaux programmes … Non, je déconne, les profs sont des grosses feignasses qui se tirent sur la nouille pendant deux mois. Pour ma part, les vacances c’est pourri, dès le deuxième jour, l’ennui commence sitôt le petit-déjeuner expédié. Il ne me reste plus qu’à acheter des cartes postales que j’adresse à des truffes qui s’ennuient autre part en m’écrivant les mêmes cartes postales à la con. Même en vacances, ce sont toujours les cons qui l’emportent. Question de surnombre !