Le bruit de l’écouvillon du temps tombé dans mon pif

Sauf à avoir passé les 18 derniers mois dans le trou du cul d’un donuts, vous n’êtes pas sans savoir que nous vivons, pour beaucoup d’entre nous, le plus grand événement historique de notre vie… Un peu moins pour moi qui suis plus vieux que beaucoup d’entre vous, puisque j’ai eu la chance d’assister au début de l’homme melon, Delon, l’unique Alain, en personne. Cela fait un an que les virologues étudient le virus, que les épidémiologistes étudient la pandémie, que le virus mobilise les gouvernements du monde entier, que les médias ne parlent que de ça et que Twitter twitte sans relâche sur le virus. Cela fait un an que les philosophes philosophet sur le virus. Il se joue même une sorte de compétition entre philosophes pour penser la pandémie, la prime à celui qui arriverait le premier à doter le virus d’une sorte de cerveau. Il y a ceux pour qui la pandémie a fait vaciller leur foi, pour qui la pandémie serait un événement d’ordre ontologique. L’être, le néant et l’existence de dieu. D’autres voient dans l’apparition du virus une conséquence du réchauffement climatique et de la mondialisation, réduisant le virus à un accident climatique. D’autres y voient la preuve de l’existence des sauriens extras terrestres. Chacun se raconte sa réalité virale, le virus est un révélateur, un deus ex machina, une paresse intellectuelle.

S’il y a bien une chose qui nous prend toujours au dépourvu, ce sont les pets des autres et les événements sans intentionnalité. Du virus, nous ne saurons jamais rien, car il n’y a rien à en savoir. Mais nous souviendrons longtemps de ces files d’attente, de ces gestes barrières, du frottement désagréable des écouvillons dans nos nez, de l’odeur de tabac froid des masques neufs et des visages sans visages. Nous souviendrons longtemps que ce putain de virus a empêché les moins chanceux de respirer et de leur dire adieu. Ce virus a empêché les enfants de s’amuser, les grands parents de voir leurs petits-enfants, il n’a pas permis de concrétiser bien des projets, de se projeter dans l’avenir, il nous a empêché de dormir, de faire l’amour, de faire du sport, d’étudier, de travailler, de voyager, de se balader, de créer, de bouffer une Flammekueche au munster et de puer de la gueule, de s’émerveiller d’une chanson de Bashung, de s’étonner de perdre ses clés, de se stupéfier, de s’étourdir, de déterrer un os de porc, de flatter un unijambiste avec une mousse au chocolat, de claquer des dents comme un gibbon, de serrer les miches et de valser toute la nuit. Nous nous souviendrons que nous n’avons pas pu ripailler, festoyer, bambocher, régaler nos amis et partager nos allégresses vineuses. Cet événement historique n’est pas une allégorie philosophique ou mythologique, ce n’est que cela, un agrégat de réel pénible à traverser. Un grand moment d’inconfort pour le plus stoïque comme pour le plus pressé des optimistes. J’ai grande hâte de m’y remettre.

Les Grandes Hâtes 2014 Alexandre Bain
Une robe trouble, jaune foncée, un nez intense, exotique, presque sur-muri, sur la mirabelle à l’eau de vie, la poire, les herbes médicinales, la paille … La bouche est gourmande, profonde, ample, fraiche, équilibré, avec un fruit éclatant et une longue persistance. Dans une région qui voit se déverser des torrents de jus de sauvignon façon « pipi de chat », c’est un bonheur de goûter un tel vin et une honte d’avoir déclassé de tél vin.  Superbe

Dits del Terra Priorat 2010 Terroir Al Limit Soc.LDA
Le Priorat est une merveilleuse région, au sud de Barcelone, un magnifique terroirs où la viticulture y est présente depuis le 12e siècle grâce aux moines de la Chartreuse de Scala Dei qui, déjà à l’époque, chantait la gloire du grenache et du carignan. Le litre de vin du priorat se vendant en cubi, dans les années 70. Il a fallu attendre l’arrivée de René Barbier avec le « Clos Mogador », Alvaro Palacios ou encore Luis Perez au « Clos Martinet » pour changer les choses. La « troisième vague » s’inscrit aujourd’hui dans le fabuleux travail de Dominik Hubert avec Terroir Al Limit. Derrière ce nom intrigant se cache un domaine confidentiel dans le village de Torroja, où le catalan est de rigueur et où les parcelles éparpillées au cœur de la garrigue ressemblent à des petits jardins oubliés. « Dits Del Terra » 2010 (les doigts de la terre) s’ouvre sur des notes de cerise noire, de bleuets, de mûre et de myrtille. Puis des notes de garrigue, d’encens avec une pointe minérale, pierre sèche. La bouche est ample et légère, les tannins sont doux, rien ne dépasse, il offre un profil, non pas construite sur la densité, la force, mais sur une délicatesse extrême pour du carignan porté par des nuances de graphite avec une allonge fumée. Très beau vin

Clos des Cistes 2002 Domaine de la Peyre Rose
Perdue dans la garrigue languedocienne, à force de courage et d’opiniâtreté, Marlène Soria a bâti le domaine de Peyre Rose et s’est forgé une renommée internationale. Son Clos des Cistes lui ressemble. Une robe légèrement tuilée, un nez de prune, de garrigue, de thym, de camphre, d’épices orientales, de laurier, de cannelle et de boite à cigare. La bouche est toute en rondeur, sphérique, les tannins sont éthérés, patinés par le temps, l’ensemble est tertiaire, agréable, sans lourdeur, sans l’usure du temps et avec une belle fraicheur terminale. Une cuvée assagie, moins baroque que les jeunes cuvée de Marlène Soria, mais tellement agréable. Excellent