L’Anglais sur le goût de la langue

J’ai trois souvenir de mon dernier passage à Londres. Mind the gap, la cuisine Pakistanaise et la cruelle absence de bon vin. Mind the Gap between French and British cultures ! Oui, un fossé sépare les Français de leurs cousins Grands Bretons. Même si nos histoires se sont mêlées et entremêlés, même si une heure d’avion nous sépare, les Froggies et les Rosbifs n’ont pas grand-chose en commun et surement pas la gastronomie. Si tu traverses la manche pour boire des bières ou du Earl Grey, voir la reine à Buckingham, Big Ben, la Tour, le Bridge, Hyde Park, la city et son cornichon magique, le métro de Coven Garden et ses escaliers interminables, pendre le bus jusqu’à Portobello Roadster, tout va bien. Si tu y vas pour boire et manger, c’est l’horreur !

Une étude récente va irriter les palais de la reine, de mon voisin John et celui des tous les anglais. Outre-manche, pas la peine de se donner de la peine à sélectionner un bon Chardonnay ou un beau Cabernet puisque la moyenne des habitants ne sait pas différencier, à partir du goût, une piquette bas de gamme d’un millésime exceptionnel ? Un blind test, mené par des chercheurs de l’université de Hertfordshire parmi le public d’un événement scientifique, a conclu que sur 578 personnes interrogées seulement 53 % savent distinguer un vin bon marché d’un très coûteux parmi les blancs, et 47 % pour les rouges. Finalement, 50 % de l’échantillon a su reconnaître la qualité du pinard, soit un résultat conforme aux lois du hasard. La conclusion des chercheurs est sans appel, les anglais achètent un vin cher pour son étiquette plus que pour sa saveur. Bref, chez le English, Si c’est chaud, c’est une bière, si c’est froid, c’est de la soupe et si ce n’est pas trop mauvais, c’est le petit déjeuner.

Après un Champagne Pol Roger, fournisseur officiel de la Reine et champagne préféré de Winston Churchill, on attaque par un breakfast, à ma façon, œuf parfait sauce Mornay, chip de lard, saucisse de Toulouse, tomate, boudin aux pommes, pomme paillasson, asperges … Un breakfast au petit goût français accompagné d’une petite série de Chenin. La cuvée Christian 2016 du Domaine Rusden, une Australienne pour rester dans le thème, mais surtout « Les Pièces Longues » de Fabien Jouve du Domaine Mas Del Perié, un joli vin, très élégant, racinaire, à la belle acidité qui dépasse les standards de Cahors. « Le Cornillard » 2008 de Patrick Baudouin est puissant, racé, sur des belles notes miellées et minérales, alors que le « Fidès » 2015 d’Eric Morgat est plus élevé, bien élevé même, fin, élégant, un vin très avenant. On termine cette série par Richard Cœur de Lion, pas Richard Ier qui fut roi d’Angleterre, duc de Normandie, duc d’Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d’Anjou, mais Richard Leroy, petit prince de Montbenault, duc des Rouliers et roi d’Anjou. Son Rouliers 2010 est magique, tonique, fruité (coing, poire williams, mirabelle), floral (acacia), minéral, épicé, doté d’une grande acidité structurante, c’est précis, complexe, c’est beau comme une défaite du 15 d’Angleterre. En plus, c’est bio et sans soufre, que demander de plus ?

Pour les rouges, si j’étais Anglais, j’aurais surement cuisiné un rosbif trop cuit et des petits pois à la menthe, mais comme je suis Français, ce sera un filet de bœuf basse température et une purée de petits pois à la menthe.  4 vins ont retenu mon attention. La « Pialade » 2005 d’Emmanuel Reynaud, un vin miam-miam, une infusion de fraise et de rose, un côtes du Rhône village qui impose sa richesse et sa volupté, un grand petit vin ou un petit vin grand, c’est du pareil au même. Le Barolo della Cantina Coppo 2007 n’est pas encore parfaitement prêt, mais le potentiel est là, les arômes de fruits noirs, de violette lui donnent beaucoup de charme. Autre vin du Domaine Rusden, « Chookshed » 2009, s’il faut gouter un Zinfandel, c’est celui-là! Une gourmandise qui ne ressemble à aucun autre vin. Un superbe nez sur la fraise et la framboise, le chocolat, le caramel et une touche exotique d’eucalyptus, une bouche charmeuse, douce avec une légère sucrosité. Absolutely beautiful. Les États-Unis sont, outre les cousins germains des Anglais, une super-nation dont Platon a mentionné l’existence le premier dans son livre « Schwarzenegger contre Donald Trump ». Doté d’un patriotisme national exacerbé, ils aspirent à imposer leur dictat à la planète entière, il est même probable qu’en 2039 la Terre s’appellera les États-Unis de la Terre et sa population sera les Térricains, mais en attendant, le pays est connu comme « The United Asshole of American color of Benetton », la patrie des tueurs en séries. Comme Schwarzy, Manfred Krankl est né en Autriche avant d’émigrer aux États-Unis. Sine Qua Non est son œuvre œnophile. En 1994, après quelques petits boulots, il démarre Sine Qua Non, avec sa femme Elaine. Toutes les étiquettes, les bouteilles et les noms des cuvées sont excentriques et différentes chaque année, (« Mr K The Iceman », « Next Of Kyn », « Raven Série », « The Naked Truth » ou le Gothique « The 17Th Nail In My Cranium Eleven Confessions »… Manfred Krankl est l’un des vignerons les plus créatifs de la planète. Il adore les assemblages rhodaniens (Syrah, Grenache). Avec seulement 3500 caisses produites par an, il est particulièrement difficile de se procurer ses bouteilles, mais il ne compte pas développer son domaine, préférant faire « une bouteille de vin coutant 1 millions de dollars, plutôt que 1 millions de bouteilles coutant un dollar ». Le B20 2008 de Siné Qua Non est un assemblage de 92% de Syrah, 6% de Grenache et 2% de Viognier, son nez est un petit bonheur, fruit rouge et noir, violette, épice, cannelle, boisé noble, sa bouche est concentrée, pure, minérale, souple et profonde avec une finale mentholée. Beautiful wine tasting.

Les anglais n’ont aucune prédisposition pour la gastronomie, mais ils ont inventé l’humour, même si, à première vue, l’attitude de la Grande-Bretagne à l’égard de l’humour peut sembler déconcertante. Lourd d’autodérision, de sarcasme presque indétectable et d’une touche pince-sans-rire permanente, l’humour anglais peut ressembler à une toute nouvelle langue. Pour comprendre l’humour britannique, vous ne devez surtout pas chercher à le comprendre. Une expression anglaise résume leur goût pour la cuisine : « je suis tellement nul en cuisine que je serais capable de brûler de l’eau ». Dans son essai sur Le caractère des nations, Hume, philosophe Britannique, soutient, non sans un brin de provocation écossaise, que les anglais sont la nation de l’univers la moins caractérisée et que leur caractère est de d’en avoir point. Pour les Anglais, en général, je ne sais pas, pour John, je suis sûr du contraire, mais pour ce qui est de leur cuisine, c’est certain, elle manque de caractère. Je suis un inconditionnel de la cuisine méditerranéenne. Depuis toujours, du risotto italien à la moussaka grecque, de la Bouillabaisse au Couscous en passant par la paella espagnole, j’aime les assaisonnements généreux, riches en herbes, en épices et en huile d’olive. Je me souviens d’un risotto amoureusement préparé, le genre de risotto qui fait chanter une assiette, du cœur à l’ouvrage, de longues minutes à tourner régulièrement en formant un 8 pour que le riz cède son amidon et rende le risotto crémeux. Après avoir englouti un paquet de chips aux oignons rouges, le ninja roux sniffeur de beurre de cacahuète qui partageait mon repas, s’est armé d’une sauce sucrée au chili (sweet chili sauce) et a arrosé généreusement mon risotto crémeux au parmesan. Mon cœur se retourné dans sa cage, mes gonades sont remontées dans ma gorge, j’ai ravalé ma salive et mon orgueil, lancé un fébrile « Bon Appétit! » en Anglais dans le texte, plongé mon regard dans mon assiette pour ne conserver que le doux souvenir de ce plat amoureusement préparé et j’ai marmonné un « fucking irish bastard ».