Cet obscur objet du désir, putain de Zeus

De couvre-feu en confinement, nous avons pris conscience que des petites choses auxquelles nous n’accordions pas trop d’importance avant l’arrivée de la pandémie étaient plus importantes que ce que nous pensions. Un apéro entre potes, une ballade en forêts, un petit tour en voiture, un repas bien arrosé, du pécu, le shopping, un petit voyage, un coiffeur. Dans cette guéguerre contre le coronavirus, il n’y avait plus de pénurie que d’ennemi à affronter. Il y a bien internet et ses anges livreurs pour m’apaiser, les réseaux sociaux et leurs fake news pour m’énerver, les coachs sportifs avec leurs tutos à la con, des milliers d’activités à faire seul avec un belle photo de palmiers et de mer turquoise en fonds d’écran. Sur les réseaux sociaux, une palanqué de citoyens, à travers le monde, partagent en ligne leur mal-être, j’ai accès à tout et pourtant il me manque l’essentiel. Avant, c’était avant, j’étais libre de faire ce que bon me semblais, et je ne le faisais pas, et maintenant que ces habitudes sont un souvenirs, ils me manquent. Râler, c’est comme désirer, c’est l’essence même de l’homme. Nous entretenons tous une relation difficile et ambiguë avec nos besoins et nos pulsions, une sorte d’attirante répulsion.

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Ni pour, ni contre, bien au contraire …

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris la plume, enfin, mon clavier à bras le corps, ce qui est la même chose sauf que ce n’est pas pareil. La chose qui me frappe durant cette pandémie, c’est la vitesse, la facilité avec laquelle le quidam moyen, parfois très moyen parfois, est devenu un éminent spécialiste des épidémies, des taux de prévalence, des courbes de mortalité, de la chloroquine, de la vaccination, mais pas trop les gestes barrières, faut pas déconner sur notre liberté de faire la fête dans des rades surpeuplés. Tous, savent exactement ce qu’il est bon ou pas pour l’humanité, bon ou pas de penser sur le sujet. Mais pas moi, j’avoue, je ne me prononce pas. Ce n’est pas que je n’ai aucune opinion sur le sujet, j’ai une opinion, mais masquée. Tous les philosophes vous le diront, l’opinion n’a rien à faire avec la science, “Ce n’est point dans les impressions que réside la science, mais dans le raisonnement sur les impressions”. Je pourrai citer d’autres philosophes, mais je crois qu’on a compris l’idée : la science est du côté de la connaissance, de la certitude, de l’évidence, du raisonnement, de l’absolu, et pas du côté de l’opinion… et pourtant, quand un événement tel qu’une épidémie, vous tombe dessus, doit-on forcément se taire ? Et préférer la sagesse du silence à l’incertitude de l’opinion ?

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Philo, espagnolade, hommage et réflexion vineuse

En cette période de post confinement, à tout bien peser, et le mot est bien choisi, j’ai bien essayé de m’astreindre à de grandes réflexions intellectuelles sur la vie, la mort, la religion, l’amour, la famille, ma place dans la société, l’épanouissement dans le travail, la nature, le réchauffement climatiques ou les nouvelles miches de Nabila, bref, de petits morceaux de métaphysique quotidiens, mais la seule chose qui m’intéresse vraiment, c’est de savourer un agneau noir du Velay cuit dans sa croûte de foin avec une réduction d’œufs brouillés aux truffes et de l’ail en chemise ou une énorme côte de bœuf black Angus maturée avec une béarnaise maison et des frites croustillantes à souhait et salées comme la mer morte. Comme me le répète tous les jours Ranulphe, mon prof de Zumba Groenlandaise, « On ne philosophe bien que le ventre bien plein ». C’est pas faux, mais, comme dans la peinture, le cinéma ou la musique, les artistes ou pseudos artistes d’aujourd’hui cachent trop souvent leur manque d’inspiration, leur misère sous un fumeux étendard : le concept, l’art conceptuel, la philosophie. Et ça marche ! Plus le commentaire est fumeux, nébuleux, plus les marchands font monter la cote et plus les collectionneurs collectionnent et plus le marché marche et plus les prix s’envole comme leur fumeuse théorie.

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Comment ça va ?

Comment ça va ? Question ô combien anodine, mais qui aujourd’hui prend tout son sens. Il y a bien longtemps cette question voulait dire : comment va la selle ? Pas la selle du cheval, nos propres selles, même si les mots propres et selles juxtaposés, ça fait bizarre.  Ausculter ses propres excréments est loin d’être évident pour nous, le sujet est délicat. Et pourtant, ces déchets humains sont révélateurs de ce que nous mangeons, de comment nous métabolisons notre nourriture et ce que nous rendons à la nature, avec grand soulagement et force ventilation parfois. Sans évacuation, point de salut. Le « comment ça va » pullule. Pourtant, je pensais que c’était les trois mots les plus inutiles du monde de la communication. Celui qui y répond ne dit que rarement la vérité, tandis que l’autre ne veut pas vraiment savoir. À l’hypocrisie répond l’hypocrisie. Sans méchanceté ou manipulation bien sûr, mais cela n’empêche pas la conversation de sombrer dans la banalité et la superficialité. Nul cynisme, mais juste un constat. En interrogeant quelqu’un sur sa santé, on n’attend pas de lui qui réponde, qu’il s’allonge sur le divan et raconte ses problèmes existentiels. Pas d’introspection, il faut une réponse aussi concise que positive et passer à autre chose. La seule raison pour laquelle la plupart d’entre nous posions cette question est qu’il semblerait impoli de ne pas le demander. Aujourd’hui, c’est la seule question qu’il faut poser. Je l’ai donc posée à quelques-uns de mes amis imaginaires, en un mot commençons !

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Résiste, prouve que tu existes …

Comme disait la philosophe Lorie, « il faut avoir la positive attitude« , ce à quoi lui répondait sa copine France Gall, « résiste, prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout, va, refuse ce monde égoïste, Yeah, yeah, yeah … » Quand notre vie même d’êtres humains est menacée, les questions d’ordre philosophique ressurgissent inévitablement. L’essence même de la philosophie n’est pas seulement de savoir distinguer les différents domaines de la pensée humaine, mais elle réside surtout dans la capacité à lier ces domaines pour constituer une vue d’ensemble du monde et de l’homme. Le philosophe contemple le monde dans son ensemble. La pandémie vient nous rappeler l’importance, et l’urgence, de questions auxquelles les philosophes ont consacré des débats animés. Les questions couvaient sous la cendre. Le virus les a réveillées, et nous donne l’occasion de saisir la pertinence des analyses d’Auguste Comte, le père du positivisme. La société est trop souvent perçue négativement. C’est l’ordre établi, l’État qui tend à étouffer les libertés individuelles. Certains, qui ignorent sans doute tout de Pol Pot, Pinochet ou Loukachenko, jugent aujourd’hui, en France, l’État autoritaire, sinon dictatorial. Le philosophe Alain écrivait que « la corrélation est évidente entre individu et société« , ce qui signifie que l’un n’est rien sans l’autre. C’est ce qu’a exprimé le Président dans son discours : pensons et agissons en solidaires, plutôt qu’en solitaires. Nous ne pouvons faire face à la pandémie que collectivement, mais le comportement de chacun est primordial, car chacun est tributaire des autres. Cela s’appelle une société, justement !

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Je ne dis pas que des conneries, j’en fais aussi…

J’emmerde l’enfance, l’adolescence, l’adulescence, la vieillesse, les anniversaires, la vie, la mort et tout le reste. Je conchie sur tout le reste d’ailleurs. Je hais les vacances, j’exècre le travail, j’abhorre l’oisiveté, je maudis la lecture et j’anathématise les références, les images, les comparaisons, les mises en abyme quotidiennes. Je me hais et je déteste encore plus les autres et tout ce qui puisse me sortir de cette détestation. Je veux que mon esprit soit remplacé et le corps aussi tant qu’on y est. J’ai surement droit à un reset, une régénération, une résurrection, un truc qui te fait repartir à zéro. Mais attention, pas de connerie, je ne veux pas de résurrection religieuse ou toute autre ineptie du genre. Je ne veux pas de pollution intellectuelle ou de sermon de masse que même un gamin de 10 ans y verrait les ficelles d’une bouffonnerie absurde.

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Les loges de la paresse

ParessePresque 20 jours de disparition totale, j’espère que vous n’avez pas appelé la police du vin ? Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas parti en Suisse pour planquer mes lingots tarbais et mes grands crus Bordelais, non, j’avais un peu de taf, du travail, de la besogne à finir, enfin, un vrai travail, pas un truc qui consiste à raconter une vie dont tout le monde se fout comme de son premier mauvais beaujolais. Tout ça pour te dire que le travail, même si c’est la santé, c’est aussi un peu le bagne. De servitude, pour les philosophes de l’Antiquité, à valeur refuge pour nos sociétés modernes, le travail à beaucoup changé en 3.000 ans. Pourtant, le travail n’a jamais rendu les gens heureux, demandez à un gilet jaune ce qu’il en pense. Paria ou marginal, le paresseux a toujours suscité autant louanges que dédain, jusqu’à Emmanuel Macron. Pourtant, depuis l’Antiquité, les philosophes font l’éloge de l’oisiveté contre le dogme du travail. Mais pourquoi défendent-ils la paresse ? Préférer l’oisiveté n’est pas un vilain défaut.

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En attendant les monstres

« Quand le monde ancien tombe et que le monde nouveau ne s’est pas encore relevé, s’ouvre le temps des monstres« . Nous sommes entrés dans une période de grande insécurité. Ceux que certains prennent pour une période de paix, surtout dans les pays industrialisés et donc riche, est en réalité, une période en suspend.  Nous sommes suspendus à l’annonce du retour des monstres. Les guerres n’ont pas disparu, elles passent sous silence, les terroristes terrorisent toujours, mais loin des télévisions, les migrants migrent toujours et leur migration n’est vu que d’un œil, celui du politique avant celui de l’humanitaire. La planète s’assèche doucement et dans l’indifférence presque totale. J’ai le sentiment que, tous, nous attendons le monstre. Nous sommes en cellule, seul, nous protégeons notre petite cellule sans penser à protéger les autres, ceux qui ne partagent pas nos idées, nos valeurs, mais qui vivent sur la même planète et respirent le même air. Nous ne voyons le monde que d’un seul œil. Nous sommes tous des cyclopes.

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C’est quand le bonheur ?

Ça y est, la fin de l’été pointe déjà son nez, la rentrée est au coin de la rue. Il va falloir repartir au turbin, rentrer dans le rang et se rasseoir devant son verre à moitié plein ou à moitié vide, ce sera selon votre humeur et votre propension à vouloir être heureux. Être heureux est l’aspiration prioritaire de tous, très loin devant trouver le sens de la vie, devenir riche, gagner la coupe du monde de foot ou encore s’assurer le paradis, avec ou sans les 72 vièrges. Il parait même que c’est à soixante ans qu’on est le plus heureux. Ça tombe bien, je viens de les avoir et si vous avez deux ou trois plombes devant vous, je peux vous faire la liste des choses qui me rendent heureux. Ma famille, mes amis, mon boulot, enfin pas tous les jours, un Meursault bien frais, un solo de Gilmour, une redif de Gran Torino, un bon match de foot, un plat de Carbonara bien poivré, un Côté Rôtie marquée par la pierre, pousser la porte d’une boulangerie quand le pain sort du four, une partie de pétanque sous le cagnard, recevoir un compliment et ne pas le mettre en doute, profiter des premiers coups de froid pour hiberner sous la couette devant confession intime, offrir un cadeau sans raison particulière, manger du chocolat à la noisette, jouer avec du papier bulle, cuisiner des souris d’agneau, une bonne BD, une soirée entre soiffards, un foie de veau purée, ouvrir un œil le matin, regarder le réveil et me rendormir aussi sec. Je pourrais continuer comme ça très longtemps mais se serait vite chiant.

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Séparer le bon vin de l’ivresse

L’ivresse est un thème cher au poète plus qu’au philosophe. Baudelaire nous invitait même à l’ivresse : « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve« . Baudelaire était un adepte du Chasse Spleen, des folies passagères, des dérèglements et de la fuite de soi et du monde. Le philosophe est, quant à lui, un adepte de la démarche rationnelle et range l’ivresse dans ce qui s’oppose à la sagesse plutôt que dans ce qui peut la provoquer et pourtant… L’ivresse dont parle Baudelaire n’est pas une manière de fuir une existence insupportable mais c’est un art ! Elle était, pour lui,  à la fois une déchéance et une source d’inspiration créatrice. L’ivresse comme source d’inspiration n’est donc pas étrangère à la philosophie. C’est l’art de décentrer la banalité.

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