Et si Corona voulait nous mettre en bière

Si vous êtes partis dans le trou du cul du monde, vous sentez le cul, mais ce n’est pas grave puisque l’humanité vit ses dernières heures et que vous l’ignorez. Enfin, plus maintenant ! C’est la peste bubonique, le déluge biblique, les tremblements de terre, les collisions des comètes, l’invasion des sauterelles, le retour de la revanche du Kraken, les lettres noires, les ténèbres, l’apocalypse, bref, la fièvre jaune, le corona virus, ce mix entre une bière chiraco-mexicaine et une pneumonie, qui va tous nous exterminer. Petit conseil en passant, ce n’est pas le moment de proposer un petit resto chinois à moumoune, tu risques de te prendre un nem dans le fion. Premièrement, je ne vous rassure pas, le Corona Virus n’est pas une des 40 nuances de grippe, la grippe, une invention française, oui monsieur, juste assez mauvaise pour poser 10 jours de maladie, pas plus, pas moins, mais pas un putain de virus, façon copie Chinoise, capable de nous tuer tous. Première mesure, arrêtez de parler pour ne rien dire, ça vous évitera de postillonner et d’infecter vos proches, arrêtez d’embrasser tout ce qui bouge. C’est quoi cette manie de faire des bises ? On dira ce qu’on voudra, mais les nazis avaient des façons de se saluer bien plus hygiénique … Tous le monde se lave les mains, même notre sinistre de la santé s’en lave les mains, elle est partie briguer la mairie de Paris au lieu de nous sauver. Salope ! Celle qui a les tresses qui stressent, c’est la Thunberg, elle nous rabâche que le réchauffement climatique va nous tuer tous, elle vient de se faire doubler au poteau par un vulgaire virus chinois. Putain, j’ai bien fait de continuer à enfumer le quartier en faisant des « burn » avec mon SUV. Prend ça dans ta gueule Greta …

Corona virus, moitié maladie, moitié bière. C’est grave docteur ? Si le gouvernement dit que c’est grave, tu peux être sûr que c’est super grâce. Si l’OMS dit qu’elle n’exclut pas une pandémie, alors on est mal barré. On nous demande de porter des masques. Moi, le seul masque que je possède, c’est un masque de zombie de Walking Dead, je ne suis pas bien sûr que mes voisins apprécieront. Déjà que je traine dans le quartier en Harley avec une arbalète et que je tire sur tout ce qui a les yeux légèrement bridés. Banzaï ! Je me suis fabriqué un masque avec un pot de nutella plein et un peu de scotch. Simple et efficace. En plus, c’est bon d’avoir le nez dans les noisettes. Puisque qu’on sera tous des zombies dans quelques semaines, je vais régler mes comptes avant de partir. Corona virus, tu n’auras pas ma liberté de penser, oui j’aime les chansons de Florent Pagny, il y a plus de fantaisie dans ses chansons que dans toute la carrière de Baschung et de Léonard Cohen réuni. Je vais balancer, je hais les vieux Bordeaux, un bon vieux Bordeaux est aussi rare, aussi miraculeux qu’un vieux pas con. Ça arrive mais vaut mieux pas trop y compter. Je hais les bobos écolos et leurs vins tristes. Ils m’exaspèrent, ce sont juste des faux riches qui jouent aux faux pauvres en buvant des faux vins. Les vins « nature » ont été pris en otage par des bio-cons bonimenteurs qui pensent que des arômes déviants, pas nets et ridiculement proches de chiottes de diarrhéiques sont qualitatifs, parce que naturels. Plutôt que de les écouter, j’aurai mieux fait de me bourrer la gueule au Chambertin plutôt que de faire des comptes rendus débiles sur des vins de bobo macérés à la pisse de bouc. Je n’aime pas le vin blanc, je n’aime pas le vin rouge, je hais le vin, pour tout vous dire, je n’aime que le rosé de supermarché à 3€ la bouteille. Pire, j’aime ça avec une paëlla aux couilles de taureau, j’aime la corrida, surtout si on remplace le taureau par Francis Cabrel ou un végétarien à cornes. Je suis sarkozyste, je préfère Dany Boon à Robert de Niro, je préfère les visiteurs en Amérique à la liste de Schindler, je préfère Tireli pimpon de Carlos à Imagine de Lennon, je préfère South Park à Tintin et les pires dessins de maternelle à Michel-Ange. Comme disait François Léotard, je vous hais tous avec douceur, mais je vous hais. J’ai encore pas mal de chose à dire sur les politiques, les racistes, les antiracistes, les noirs, les arabes, les niakoués, les gays, les LGBT, les handicapés, les grosses, les femmes et … Et si le virus ne nous tue pas tous, je présenterai personnellement mes excuses à tous ceux que j’ai offensé. Excusez-moi, je suis un peu tendu du string avec toutes ses mauvaises nouvelles venues de Chine. En attendant, éternuez dans vos couilles et passez une bonne journée, même si c’est la dernière.

Le Corona ne nous empêche pas de nous biser allègrement en attendant le début des hostilités. Mèche courte contre mèche longue, nous sommes tous de mèche pour allumer la mèche. On rappelle à Philippe que boire à l’aveugle ne consistait pas à enfiler un masque de Ray Charles mais d’enfiler une chaussette à la bouteille dégustée et d’essayer de reconnaitre le breuvage en moins de temps qu’il n’en faut à Christian pour avaler 6 pâtés en croûte, ou, pour les mèches longues d’essayer de ne pas dire plein de conneries avant que Dom trouve, c’est-à-dire en moins de temps qu’il n’en faut à Christian pour avaler 8 pâtés en croûte. La différence est tenue, mais sensible si on est le voisin de Christian et qu’on aime le pâté en croûte. Le but d’un vin est d’être bu, de préférence apprécié, mais c’est avant tout un plaisir de nature animale, qui relie une excitation physique à la satisfaction d’un besoin naturel, boire. Déguster un vin, c’est mettre en éveil et stimuler nos cinq sens, c’est interroger le verre. La dégustation est une grande école d’humilité. Elle est une longue partie d’échecs aux combinaisons infinies : cépages, millésimes, régions, producteurs, cuvées… Juger de l’harmonie complexe du vin, de son état d’évolution et de sa capacité de vieillissement, nécessite une grande expérience qui ne peut s’acquérir qu’avec du temps, beaucoup de passion et une pratique assidue pour progresser. Ce plaisir pourrait rester strictement sensoriel si l’homme ne possédait pas cette faculté de mémoire. La dégustation est un voyage dans le temps et dans l’espace pour le prix de quelques gouttes de vin. Un verre de vin raconte une histoire, traduit une technique, révèle les tâtonnements d’un homme ou son génie, il rappelle le temps passé, évoque des lieux ou un paysage. La dégustation, c’est l’éloge du plaisir.

Alors, faisons-nous plaisir. En blanc, les mèches très courtes ont été, Château de France 2010, un Pessac découvert par Dom avant d’être servi, un classique sur les agrumes, une fine minéralité et des notes de vanille. Kastelberg 2017 du Domaine Gresser, nez de pierre à fusil, de citron et de pétrole avec une grande vivacité en finale. Le Riesling Estate 2015 de la famille Hugel, très vif avec un peu de sucre, pomme verte, fruit jaune, fleurs et ample en bouche. On a tous pensé à amener un Pouilly-Fuissé « Le Clos de Monsieur Noly » 2005 du Domaine Valette tellement ce vin est particulier, une parfaite mèche courte aux accents de caramel, de curry, de pomme au four avec un bouche remarquable. Plus dur à trouver, un Chignin-Bergeron « La Bergeronnelle » 2013 des Fils de René Quénard, une pure Roussanne qui ne manque ni de peps ni de fruit. Un Lafaurie-Peyraguey 2017, sec, dans une flute Alsacienne, sur des notes d’acacia, de fleurs blanches avec une belle minéralité terminale. Un vin très spécial pour suivre, 36 ares de vignes pré-phylloxérique, plantées entre 1800 et 1850 ! La plus vieille parcelle de vigne d’un même cépage de toute la France. Des notes d’anis, de coing, de miel et de noisette, une bouche vive, fraiche et une belle longueur, Romorantin Provignage 2013 Henri Marionnet, superbe. On est tous passé à côté du Vins Rares Sainte Marie 2002 de Jean-Louis Denois, un beau Chardonnay, un peu sur le déclin, mais avec de belles notes de caramel. Par-contre, ramage complet pour les deux derniers, le premier pour la recherche d’originalité, un très bon vin de pays du Calvados « Arpents du Soleil » 2016, un Pinot noir niché au cœur de la Normandie, un microclimat sec et chaud, un côteau orienté au Sud et un sol exceptionnel (Rendzine anthropique sur Bathonien supérieur) produit par Gérard Samsonet et déniché par le Doc. La seconde mèche longue est dû au fait que Christian nous a trimballer en passant servir un vin et qu’il en avait amené un autre, le Chardonnay Brut Nature de Larmandier-Bernier n’était pas un Chablis ! C’est ça quand on a mangé trop de pâté en croûte, on perd ses repères.

Petit intermède rosé, une mèche très courte avec le gouleyant Contadino 2016 de Franck Cornelissen, un pur jus de framboise et de fraise. Toujours de la fraise, des herbes fraiches et des épices poivrées, Sangiovese Rosso Conestabile 2017 Danilo Marcucci, un beau rosé venu d’Ombrie. En rouge comme en blanc, il y a les classiques reconnus très vite comme les deux côte-Rôtie, Brune et Blonde 2009 du Domaine Guigal et la cuvée Ampodium 2009 du Domaine Rostaing et sa finesse habituelle. Christian ayant avalé sa soupe de poisson, son œuf meurette et sa carbonade flamande en moins de temps qu’il lui en faut pour gober 10 pâtés en croûte, il est prêt pour nous faire une description du très beau Lavaux St Jacques 2010 de Philippe Pacalet, assez puissant, sur la cerise, la livèche et la framboise. Dans le même genre, Bonnes-Mares 2009 Domaine Arlaud, sur la cerise noire, la framboise, la prune et de belles notes de pierres sèches. En bouche, c’est fin, élégant et racé. La suivante est concentrée, sur la prune, les épices, le cacao. En bouche, l’empreinte du style du Bonneau est bien là, force, profondeur et surtout une longueur tellement agréable :  Réserve des Célestins 2004 Henri Bonneau. Reconnu très vite aussi, Shiraz Johann Georg 2010 Kalleske, puissant, fruité mais pas dénué de fraicheur et de fonds.

Dans la catégorie mèche longue et idée courte, j’ai beaucoup médit le pinot noir de Domaine Deiss, en particulier les millésimes 2002/2003/2004, bien loin du superbe Burlenberg 2001 qui n’a pas été reconnu et confondu avec une belle côte de nuits, méa culpa, méa maxima culpa. Dans le genre spécial et original, la cuvée Men in Bret des Frères Bret, un G…. provenant de deux villages de B……… . On ne joue pas au pendu, mais à goûter un vin funky, aux accents nature qui accompagnera à merveille un saucisson sec, bio de préférence. Pour d’obscures raisons, devant une belle bouteille, élégante, fine, on ne pense pas à la Corse. Et pourtant, avec leurs cépages autochtones et leurs terroirs à la personnalité marquée, les vins de Corse méritent qu’on s’y intéresse de près. La cuvée Ministre Impérial 2012 du Domaine Abbatucci est un assemblage de différents cépages, son nez est puissant, sur la groseille, le cassis, les herbes fraiches, la bouche est fine, légèrement boisée avec de beaux tannins et une longue finale. Sottu Scala 2015 de Sébastien Poly – U Stiliccionu est de la même veine, un peu plus nature, moins de bois mais autant de plaisir. Sottu Scala veut dire sous l’escalier… C’est là, au frais, qu’on cache les bonnes quilles ! Almaviva 2016 est considéré comme le Premier 1er Cru du Chili. C’est le plus bordelais des grands vins chiliens. Issu de l’association entre la famille Rothschild et la maison emblématique du Chili Concha y Toro. Un vin puisant, pas mal boisé avec des notes de myrtille, de mûre, de menthol et de cèdre. Un vin corsé et dense.

On termine avec deux mèches très longues. Des notes de carton mouillé et de poussière pas très agréable, sûr c’est un vieux Bordeaux ! Pas de panique, un peu d’aération pour laisser échapper des notes de gentiane, de café et de menthe. En bouche, l’âge est là, il reste des réminiscences d’un passé glorieux, c’est suave, pas très complexe mais franchement encore bon à boire : Pomerol Château Taillefer 1970. En matière de dégustation de vin, l’art et la manière de le servir est primordial, la température, le carafage ou la décantation, les verres, le service et l’ordre des vins, tout est important. L’ordre de service des vins est dicté par des règle immuables : le vin que l’on boit ne doit jamais faire regretter celui qui a été servi précédemment. L’âge, la puissance, l’élevage, la notoriété, tout est important. Comme en musique, il faut suivre l’idée d’un crescendo. Servir une grande bouteille trop tôt peut avoir des conséquences fâcheuses, pour elle et celles qui suivent, accord pas idéal, convives pas focalisés sur le sujet. L’évocation du nom Romanée-Conti suffit à faire frémir n’importe quel amateur de vins à travers le monde. En 2008, il a été annoncé que le Domaine de la Romanée Conti reprenait l’exploitation de trois grands crus situés sur les collines de Corton, appartenant aux héritiers du Prince Florent de Mérode. Ces parcelles sont situées au cœur historique de l’appellation. Produits sous l’égide du prestigieux domaine à compter de la récolte 2009, le corton de la Romanée-Conti ne cesse de progresser et se rapproche du niveau des autres crus du domaine. Ce Corton 2009 du Domaine de la Romanée-Conti, servi tôt dans la soirée, possède un nez puissant et pas très causant, sur la cerise noire, les fleurs capiteuses, la pivoine. La bouche est trapue, grosse matière, tannins encore très présents et une acidité bien intégrée. La finale est longue et assez primaire avec des notes de boisé épicé un peu trop présentes. J’avoue, je suis passé à côté, et dans les grandes largeurs.

On a beau être expérimenté, avoir dégusté des milliers de vins différents, il arrive parfois, pour des raisons qui nous échappent, de passer à côté d’un vin. Le vin rend humble. Face à un vin, l’humilité est de rigueur. Parfois, la magie n’est pas au rendez-vous. Je ne parle pas seulement de deviner un vin à l’aveugle, un sport extrême qui permet de se remettre en question. Je fais référence au fait que le face à face avec une bouteille qui, sur papier, devrait vous enchanter, mais qui, une fois dans le verre, ne livre pas la marchandise, comme si le vin avait oublié le rendez-vous. Ça nous est arrivé à tous, mais c’est plus marquant quand il s’agit de grands vins. Inattention ou rendez-vous manqué ? Jours feuilles et racines ? Pression atmosphérique ou simple condition d’esprit du dégustateur ? Sauf que, lorsque plusieurs personnes, en même temps, manquent le rendez-vous, on se dit qu’il y a forcément quelque chose d’autre. Quelque chose qui nous échappe. Bref, le vin est une bête vivante, pas simple à dompter, même si, en finalité, ce n’est que du vin partagé entre amis. Comme disait le grand philosophe François Valéry : Aimons-nous vivant !