De l’art d’être dans la lune

Viognier La Face cachée de la Lune 2014 Jean Delobre

Être dans la Lune, voilà bien l’expression qui m’a suivi durant toute mon enfance, même si mes premiers désaccords avec cette métaphore concernent la Lune, justement. Pour moi, je n’étais pas dans la Lune mais dans mes rêves à m’imaginer un sens au mystérieux et à ses mystères. Malgré tout j’ai très vite compris qu’en français, c’est LA lune et LE soleil. Ce soleil qui irradie sa lumière, et cette Lune qui ne fait simplement que réfléchir cette lumière. La Lune est aussi le symbole des rythmes biologiques, celui du temps qui passe. Les connaissances empiriques des hommes sur l’agriculture ont toujours accordé beaucoup d’importance à la Lune. Les vignerons qui travaillent en biodynamie suivent un calendrier lunaire et font concorder les travaux agricoles avec certaines phases de la lune. Ils utilisent « les forces de vie », la biodynamie inscrit la plante dans la durée, un devenir et dans un cycle.

J’ai longtemps été sceptique. J’ai pensé que c’était une mode de bobo, une aubaine marketing pour certains cavistes. J’ai toujours été méfiant quand tous chantaient les louanges du vin biodynamique. J’ai même tenté de lire les écrits de Steiner sur la biodynamie. Outre le fait que Steiner ne soit pas Zola et  qu’il n’a jamais donné aucune justification à ses pratiques, c’est truffé de contrevérités évidentes et de digressions fantaisistes. Mais, il faut bien reconnaitre que ça marche ! L’anglaise Jancis Robinson est une des critiques du vin les plus connue de sa génération. Elle est une des rares Maîtresse du Vin dans le monde, avec une brassée de publications, des douzaines de récompenses et des centaines d’articles, elle répondit ceci aux sceptiques : « Si les producteurs sont contents des résultats, même mystifiés, pourquoi ne pas les laisser continuer ? Peut-être pourriez-vous expliquer quel mal il y a à cela ? »

Elle posait là la vraie question. Que je ne comprenne rien aux jours racines, fruits ou fleurs, au nœud lunaire ou aux jours de périgée, je sais que la lune exerce une grande force d’attraction sur les hommes, sur l’eau et la Terre. Je sais aussi que les domaines en biodynamie produisent parmi les plus beaux vins, les plus originaux que j’ai dégusté ces derniers temps. Alors, que les grands esprits se rencontrent n’est pas chose nouvelle, les bons vins sont comme les bonnes idées, elles se diffusent toujours plus rapidement que les mauvaises. Petit apéro avec Christian, et un Viognier lunaire, un vin complexe venu d’Ardèche, une macération carbonique, un jus léger, pas boisé, loin des standards d’Ampuis, pas filtré, frais, facile à boire, plein d’énergie, de fruit et de minéralité avec un persistance rafraichissante.  Un vin de paysan-vigneron. Drôle de parcours que celui de Jean Delobre. Depuis l’exploitation familiale en polyculture, des prairies, des vaches, des abricotiers et du raisin qu’on vend à la coopérative, il va passer en bio en 1997, créer un groupe bio à la coopérative, puis quitter la coopérative, travailler en biodynamie, vinifier lui-même dès 2001, avec peu voire pas de sulfites ajoutés. Un vigneron têtu, un peu bourru, qui, à la Ferme des 7 Lunes, fait de magnifiques St Joseph et un Viognier Nature parfait pour les apéros. Même sur la lune …

 

2 réponses sur “De l’art d’être dans la lune”

  1. Ils viendrons en temps et en heure … Mais pas sûr qu’ils soient roux … Albinos ça marche aussi?

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