Des visages, des figures dévisagent, défigurent …

C’est la rentrée et, ça tombe bien, j’adore la rentrée. Finit la Covid, puisque qu’un truc aussi vachard ne pouvait être que féminin, finit également les espoirs d’euro 2020, mais en 2021. Finit les clowneries et autres pitreries ballounesques helvético-comiques de nos footeux, blindés comme des banques Suisses mais plus chocolat Suisse maintenant. Il est temps de passer au choses sérieuses: la soiffardise. Quelques bonnes quilles nous feront oublier les déboires d’un Titi parisien plus stériles en attaque qu’un chirurgien émasculé en pleine dépression nerveuse. Le grand buteur était surbooké comme une starlette du X mais beaucoup moins enclin à prendre les trous. Pendant l’euro, pour le démarquer en profondeur, ses coéquipiers, devaient fixer un rendez-vous une semaine à l’avance. Une bonne branlée, ça requinque même un eunuque dans une partouze.

Cette salope de COVID a stoppé le monde et les soiffards par la même occasion. Nous sommes donc à l’an 2 des soiffards, finit la bise et les poignées de main rustiques, place au check, gardez vos mains dans vos poches et mouchez-vous dans vos couilles. Bref la rentritude du soiffard c’est pour ce soir. La salle à manger est maintenant plus bourrée qu’un mineur polonais un jour de paie et comme on est pas venu pour beurrer les tartines, j’entame les hostilités, faizez gaffe, bougez plus un poil de cul, les mains sur la table ! Je vous préviens j’ai la puissance de feu d’un porte avions et des flingues de concours. J’espère qu’ils ont révisé leur petit Bourgogne illustré, relus l’intégrale de l’œuvre de Montesquieu préfacé par Bob l’éponge. Je suis prêt à prendre des notes, ce qui ne sert pratiquement à rien, puisque je n’arrive jamais à me relire. Bref, les stakhanovineux, la crème des buveurs, les princes du tire bouchon, les rois de la saillie verbale et du calembour à deux roubles sont dans les starting-blocks. Roule ma poule. C’est partis, d’la pure, en sortie directe de l’usine à Soiffards.

Créée dans le Nord du Japon, la maison Masuda est aujourd’hui située dans la région de Toyama, entre mer et montagnes. C’est un précurseur dans l’art du saké. Cette « Private Réserve » est élaboré avec du riz « Yamadanishiki », considéré comme le meilleur riz à saké du Japon. Un Saké aux notes boisées, pomme granny, melon, anis et à l’acidité du raisin. Un Saké pur et élégant atypique qui joue les codes du vin de Bourgogne et qui est vieilli dans des fûts provenant du domaine Ramonet à Chassagne. Saké Masuizumi 2011 Private Réserve

Turo d’en Mota représente l’élégance de la simplicité du Cava : un seul vignoble, un seul cépage, un seul millésime et une production très limitée. C’est l’expression des sols calcaire et d’un microclimat méditerranéen sur l’Alta Penedes, un Cava issu uniquement de Xarel.lo, planté en 1940. Sa production est très limitée : moins de 3.000 bouteilles. Un cava pur, tendu par des notes d’agrume, de pomme verte, fleurs blanches, noisette. La bouche est très fraiche, très légèrement oxydative avec un côté iodé, salin bien marqué. La longueur est immense. Un des grands cavas ! Cava Turé d’en Mota 2006 Recaredo

Grammont Enoteca Brut Nature est un assemblage de Xarel·lo et Macabeo provenant du Paraje Calificado Font de Jui, sur des sols d’argile et de sable sur des roches calcaires. Un élevage de 15 années en bouteille produit des notes toastées, biscuit, fleurs blanches, abricot. Une bouche ample, crémeuse, très minérale. Un grand Cava capable de concurrencer les meilleurs champagnes. Cava Gramona Enoteca Font de Jui 2004

Nez expressif sur le pamplemousse, le citron confit avec un léger pétrolé. La bouche est légère, un peu perlante, tendue, ciselée, bien équilibrée. Un beau riesling allemand construit sur l’équilibre. Riesling Dönnhoff Schlossböckelheimer Zellenberg 2013

Superbe et intense nez de fruits exotiques, de pêche, d’amande, de brioche, de fruits secs ainsi que de la pierre sèche. La bouche est ample, grasse, intense avec une la ligne acide qui équilibre parfaitement ce millésime chaud. Sur la finale, la minéralité est impressionnante et garde beaucoup de finesse, d’élégance. Heymann-Lowenstein Uhlen Laubach Mosel, 2003

J’attaque direct au foie, du bizarre, du biscornu, du baroque, une attaque suicide, bonzai… Du saké, mais attention, pas l’infâme boison servie dans les merdiques resto chinois, pas le mei kwei lu chew (littéralement, « alcool de sirop de rose »), une saloperie chinoinne à base de sorgho qui titre 50°, qui est allaboré par de jeunes chinoises qui chiquent des feuilles d’eucalyptus et crachent un liquide marronnasse sur le ventre d’une vieille d’au moins 95 balais et qui est servi dans des petits verres avec une fille dénudée au fond. Non du saké japonais, du vrai, à base de riz poli comme un nippon et qui s’apprécie un peu frais, affiche en moyenne 15° d’alcool et se déguste dans un verre à pied aussi bien en apéritif que tout au long du repas. Ils se distinguent par le taux de polissage (seimaibuai) du riz. Plus les grains sont polis, plus les saveurs florales et de fruit se développent. Puis, deux Cava, dont le célèbre Gramona, une cave familiale historique situé à Sant Sadurni d’Anoia, l’épicentre de l’appellation Cava. Les premières bouteilles furent commercialisées il y a 120 ans et continuent aujourd’hui encore à être élaborées avec la même passion et  dévouement. Ses caves sont devenus aujourd’hui une référence mondiale pour les amateurs de ce type de vins. On poursuit par un Dönnhoff très expressif et un superbe Heymann-Lowenstein Uhlen Laubach. C’est un peu déroutant pour nous, français et même Alsacien, de déguster des riesling Allemands avec des résiduels en sucre importants. Mais il faut déguster sans préjugés et ce n’est pas toujours facile pour certains. Il faut tenter de comprendre le jeu fabuleux entre le sucre, l’acidité et l’alcool. Et il y a des acidités fabuleuse par là-bas. Il faut faire l’expérience des Kabinet, Spatlese, Auslese, Trockenbeeren Auslese et Eiswein. Les Grosse Gewàchse et les Goldkapsel et Lange Goldkapsel pour comprendre ses vins différents. Pour peu qu’on soit ouvert, il a un monde étrange et compliqué à découvrir.

Nez intense et précis. Fruit confit, ananas, mangue, pêche blanche, une pointe de pétrole, un zeste de mandarine. Il y a un côté verveine qui apporte beaucoup de fraîcheur. La bouche est délicate (7,5°), pas de botrytis mais un sucre très présent et une grosse texture. Un côté iodé, salin, sur la longue finale finit de me convaincre. Markus Molitor 2017 Sarrburger Rauch Auslese

Si le précédent était précis, celui-ci est taillé au laser, tranchant comme une lame japonaise, un nez qui distille des notes de verveine menthe, d’ananas rôti, d’abricot, de poire très mûre, de miel de fleurs, de bruyère, de camphre et de tourbe … On ne se lasse pas d’y retourner. La bouche est en suspension, 7,5° d’alcool fondu dans un fruit aussi délicieux que complexe. Un vin signé du sceau de la classe allemande. Une bouche d’une densité rare, ultime mais aérienne qui irradie mon palais par paliers successifs. Un vin impressionnant, grandissime, un chef d’œuvre du maître incontesté et incontestable de la Moselle allemande. « Deutsch qualitat » Egon Muller Scharzhofberger Riesling Auslese 2008 Mosel

Un nez très expressif, minéral, pierre à fusil, orange amère, mirabelle, poire, jasmin. Une bouche ample, tendue, profonde et grasse, bel équilibre, onctuosité et longue finale minérale. Riesling Hubacker 2008 Domaine Keller

Nez intense de citron vert, citron confit, pamplemousse, rose. La bouche est sèche, ample, savoureuse, une pointe d’amertume, c’est précis avec une petite minéralité et une longue finale fruitée. Un Riesling séduisante qui appelle un autre verre. Riesling Kirschspiel 2008 Domaine Keller

 Joli nez intense sur de pêche, kumquat, mirabelle, cardamome et une pointe de pétrole. La bouche est ample, grasse, complexe. C’est puissant, crémeux, une caresse qui s’étire longtemps. Riesling Morstein 2008 Domaine Keller

Un assemblage de Sauvignon, Chardonnay, Pinot Grigio et Riesling. Une robe orangée. Un nez complexe, envoûtant, de vieux whiskies, fumée, racine, fruits secs, la pomme, le sous-bois, le zeste d’orange, le miel, une touche de rancio. La bouche est profonde, on entre dans le monde étrange des vins orange, ce n’est pas la bouche d’un blanc, pas plus celle d’un rouge, c’est autre chose, une pointe d’amers, des presque tanins emmêlés de racine, de truffe blanche, c’est ample, énergique, tellurique même, empreint d’une grande force minérale, c’est long, c’est bon ! Anfora est un ovni, une expérience particulière, un vin qui déroute mais qui ne laisse pas indifférent. Le vin d’un pionnier italien de la vinification en amphore. Breg Anfora 2005 Josko Graver

Egon Muller est la star absolue de la Mosel-Saar-Ruwer qui englobe les vignobles de la moselle et des vallées adjacentes. Cette région offre des terroirs hors normes, les vins sont fulgurant d’amplitude, de minéralité et de race. Dans cette région, le Scharzhofberg est le coteau le plus raide du village de Willtingen, parfaitement exposé au sud, avec une pente qui avoisine les 50 %, toute de schiste délité. La famille Müller rachètera le cœur historique de ces terres monastiques, le Scharzhof .  L’aîné de la famille se nomme toujours Egon, nous en sommes aujourd’hui à Egon IV… Les vins du domaine sont immenses, longs, pertinents, insolents de fraicheur, et de maitrise. Son Eiswein fait partie des vins les plus chers de la planète. Son Auslese est l’archétype du vin parfaitement maitrisé, minéral à souhait, il dévoile une architecture toute linéaire, laissant l’acidité et le message du sol s’exprimer dans les règles de l’art. Le domaine Keller est situé dans la région de Hesse Rhénane en Allemagne. Les origines du domaine remontent à 1789 lorsque Johann Leonhard Keller a acquis une propriété dans le vignoble très réputé de Hubacker. il s’est fait connaître dans le monde du vin grâce à ses rieslings produits à partir de vieilles vignes à faibles rendements. Ce domaine est tenu par la même famille depuis 10 générations. Après le japon, l’Espagne, l’Allemagne, voilà l’Italie. C’est à ce moment que les soiffards ont commencé à comprendre l’idée d’une soirée désaxée. La preuve que le raisonnement collectif est la plus belle conquête de l’homme, après le cheval et les morilles au vin jaune.

Un vin issu de vignes ayant survécus au phylloxéra et avec le vénérable âge de 140 ans. Cette cuvée est unique. Marco de Grazia, qui a longtemps vendu les plus grands vins italiens aux quatre coins de la planète, s’est installé il y a quinze ans sur les hauteurs de l’Etna. Soins maniaques du travail des sols, cépages autochtones (Nerello Mascalese, Carricante), élevages et vinifications d’inspiration bourguignonnes donnent des vins frais, d’un grand raffinement. Le nez est puissant, complexe, sur la framboise, le cassis, la cerise, la fumée, les épices, cannelle, clou de girofle, herbes sèches et de fleurs. Putain, c’est beau ! En bouche, le vin est puissant, grosse matière, grosse structure, tannins amples, serrés, grosse acidité. Tout est intégré, en harmonie, puissant mais en finesse, un vin vertical, qui termine très long sur des notes de cerise et d’épices. Tenuta delle Terre Nere Prephylloxera La Vigna di Don Peppino 2015 Calderara Sottana Rosso Etna

 Beau nez typé Barolo, viril, sur la cerise noire, le balsamique, les épices et le café. La bouche est dense, encore serrée sur ses tannins. Belle structure, belle acidité pour ce Barolo énergique mais non dépourvu de finesse et de complexité. Perno Riserva Barolo 2010 Elio Sandri

Vu son âge, la couleur est encore assez marquée. Les arômes sont amples et exubérants. On est sur la cerise burlat, la fraise, les épices, le cuir et des fines notes minérales. Il n’y a pas une grande densité, mais la structure est remarquable. Le soutien des tannins et de l’acidité donne de la force à l’ensemble. Un vin qui a encore du caractère, plus de tannins, une petite douceur et une finale qui tient encore ses promesses. Une vraie bonne surprise. Barolo Riserva 1964 Giacomo Borgogno & Figli

Plus grand-chose à donner dans ce vin, pruneau, figue si on insiste, la bouche est partie voir ailleurs si on y est … Barolo 1970 Pio Cesare

Un premier nez intense, très original, qui fait très Hermitage ! Violette, fruits noirs, puis des notes de girofle, balsamique, pétale de rose, pruneau, cacao, épices, sous-bois. La bouche est superbe, minhérale, riche, sensuelle, douce, bel équilibre et longue finale vive et toastée. Un Barolo baroque qui part dans tous les sens, mais finit par me séduire. Barolo Bric del Fiasc 1998 Paolo Scavino

 L’Italie, le pays où les cépages sont rois, le pays des mille et un cépages. L’une des spécificités de son gigantesque vignoble est son nombre considérable de cépages : du Nebbiolo au Sangiovese en passant par le Barbera et le Prosecco, ils se comptent par centaines… Avant la crise du Phylloxéra, l’Italie possédait plus d’un millier de cépages différents. Une richesse incroyable qui se matérialise par des vins à la typicité toujours marquée. Géant parmi les géants, le Piémont est sans conteste l’un des plus prestigieux vignobles italiens. Barolo et Nebbiolo règne en maître. Le barolo est un vin de patience,   après un élevage d’au moins 38 mois, les vins vieillissent doucement. Dans ses trois premières années de vie, alors qu’il est encore en cave, à l’aveugle, on confond facilement  le nebbiolo avec le pinot noir. Puis son profil se métamorphose vers les notes qui le caractérisent, spectres de son terroir. La rose, la violette, les épices, les fruits rouges croquants se nichent dans une texture de cachemire, structurée par des tanins abondants et une acidité élevée, deux facteurs organoleptiques qui contrastent souvent. Les barolos ont ce petit quelque chose en plus, qui tient à une sophistication très italienne. Si le Pio Cesare avait passé sa date de pérenption, le Borgogno avait encore des choses à dire, le Riserva d’Elio Sandri promet beaucoup, mais le Bric del Fiasc de Paolo Scavino est l’expression la plus pure du Barolo. Un jus de terroir, la trame tanique, la minéralité incroyable et les notes complexes de balsamiques se mêlent de manière harmonieuse, dans un équilibre absolument parfait. J’adore les vins Italiens, j’ai un rapport différent avec les italiens. Jeune, j’avais un pote italien, enfin, c’est ce qu’il disait. Le Tonnino avait un rouleau coincé dans la gorge, un testicule qui lui est remonté dans la trachée, ce qui lui faisait la voix de Farinelli chaque fois qu’il déglutissait. Il n’arrêtait pas de dire qu’il n’était pas français mais italien? Parfois, j’ai été obligé de le piqueter comme une Merguez et de l’embrocher sur le tourne broche en attendant qu’il récupère le sens commun…C’est vrai ça, il est né en France, a fait ses études en France, quand il a les pruneaux qui s’enroulent dans le palais, il va consulter un toubib français, il a une sécu française, une carte vitale française, il roule en Peugeot, il est lâche, sournois, il se gratte la quenelle restante toutes les 3 minutes, il trempe ses tartines de munster dans le café, il a dénoncé 75 % de sa famille au Fisc…Un bon français en quelque sorte …

Robe grenat, nez délicat et agréable, sur la rose fanée, les fruits rouges et noirs, le tabac et la réglisse. La bouche est puissante, ample et aérienne à la fois, très concentrée avec des tannins présents et mûrs. Moins séduisant que les précédent, plus sérieux, voir sévère. Un Barolo de 17 ans encore adolescent. Barolo Cerretta 2004 Germano Ettore

Une pépite, une splendeur qui aligne toutes les qualités, fruit, structure, élégance, harmonie, équilibre … Des arômes nobles, marquants de force et de personnalité, encore sur la réserve, cassis, cerise, rose, bois noble, épice, terre humide et réglisse. La bouche est somptueuse. Forte et douce, charpentée et onctueuse, ample et longue. Un vin sphérique avec des arômes subtils et fins. On se rapproche un peu de la Bourgogne, des Bonnes-Mares et des grand Chambertin. C’est sûrement un grand vin déjà maintenant, mais son avenir le magnifiera. Barolo Cannubi Boschis 2005 Luciano Sandrone

Si Barolo était une quête, ce Brunate ne serait pas loin du Graal. Un nez splendide, sur des notes balsamique, de myrtille, de cassis, de cerise noire, de prune, de menthe, de tabac et de réglisse emmêlés sur un pied de rose. Ce sombre Barolo dévoile une bouche bâtie sur de gros tannins qui se polissent à peine, la patience est de mise, mais la promesse est là, c’est sensuel, ample et savoureux, profond, entre plaisir et contrôle, l’équilibre comme fondation, le plaisir comme finalité. Un profil de grande Côte Rôtie ou d’une Chapelle 90 légendaire. Barolo Brunate 2004 Roberto Voerzio

 Très beau nez de fruits rouges, kirsch, truffe, cuir, orange sanguine. La bouche est du même tonneau, pleine et ronde, suave, tanins fondus, acidité équilibrante avec une belle finale sur de beaux amers. Tinto Valbuena 5 Cosecha 1999 Ribera del Duero Véga Sicilia

Des arômes très purs, bois de Santal, boite à cigare, des corbeilles de fruits rouges et noirs, le souk de Marrakech et de Dehli réunis, des épices, beaucoup d’épices, réglisse, amande, sureau, champignon, tout y passe. Une complexité aromatique folle. La bouche est magnifique, mais un peu en retrait. Elle ne se livre pas complètement, c’est grand, incontestablement, mais c’est bien trop jeune pour donner un plaisir maximal. Les tannins sont encore juvéniles, l’acidité apporte force et vigueur et la finale est somptueuse. Un vin de grande classe qui attendra encore quelques années. Unico Cosecha 2000 Véga Sicilia

Barolo, c’est une lignée de grands vinificateurs et vignerons qui ont su porter le barolo à son plus haut. Deux écoles, mais un seul vainqueur : le Barolo. Entre Alba et Mondovi, le barolo est produit sur les communes de Barolo, Castiglione Falletto, Serralunga d’Alba, La Morra, Novello, Monforte d’Alba, Verduno, Grinzane Cavour, Diano d’Alba, Roddi et Cherasco. Dans les sols, les marnes dominent, plus ou moins compactes, parfois très sableuses dites de « tortoniano », parfois argileuses dites de « l’elveziano ». Au-dessus de 300m, on rencontre des truffières et des noisetiers, en effet, c’est de cette région que proviennent le Nutella et les rochers Ferrero dont, paraît-il, on se régale aux réceptions des ambassadeurs. Naguère, le Barolo était un vieux lion endormi. Le fauve s’est réveillé et rappelle qui est le roi. A Barolo, deux écoles s’affrontent, deux tendances, deux visions du vins, l’éternel débat entre les anciens et les modernes (débat qui peut être transposé ailleurs). La première, celle dite des modernes, tient en substance ce raisonnement : le barolo d’hier, c’est fini. Les très longues macérations, les élevages de plusieurs années en foudre qui donnaient des vins aux finales sèches, terminés. Il fallait attendre vingt ans pour les boire. Le goût d’aujourd’hui, ce n’est plus cela. Il nous faut des vins plus ronds, plus faciles, aux arômes plus immédiatement identifiables. Et tout ce plus, l’oenologie moderne nous l’offre sur un plateau. Les traditionalistes pensent qu’il faut fouler le raisin à l’ancienne, laisser agir les levures « indigènes », procéder à des remontages, travailler le chapeau et  intervenir à minima. Giacomo Conterno fut le gardien du temple, tel Henri Jayer en Bourgogne. À sa mort, ses deux fils ont repris le domaine, mais Aldo et Giovanni ne se sont pas entendus sur la méthode. Aldo avait voyagé, vinifié aux États-Unis, en Napa Valley, découvert de nouvelles techniques et dégusté d’autres vins. Il pensait qu’un dépoussiérage de la tradition s’imposait. Giovanni, de son côté, n’envisageait absolument pas de changer les pratiques mises au point par son père et qui avaient fait son succès. Giovanni resta au domaine Giacomo Conterno et Aldo fonda sa propre exploitation. Ainsi va la vie! Le Cannubis Boschis et le Brunate de Roberto Voerzio sont les preuves de la grandeur du Barolo, des vins immenses, prêts à défier le temps, loin des querelles entre anciens et modernes. La tradition, c’est aussi l’Espagne et son emblème : Véga Sicilia. Un nom de légende dans le monde du vin qui incarne des valeurs d’excellence, de patience et de respect de la terre pour des vins tout simplement hors normes.  Mythique domaine ibérique, Véga Sicilia offre des vins exceptionnels, avec des cuvées emblématique telle que Valbuena ou l’Unico. Véritable bannière de la Bodega, l’Unico est issu d’une sélection extrêmement minutieuse de 40 parcelles cumulant 10 ans d’élevage avant d’être commercialisé, ce qui en fait l’une des plus longues périodes d’élevage au monde pour un vin d’exception. Élevés dans le plus grand respect des traditions, les Véga Sicilia sont tout simplement de très grands vins.

La symphonie achevée d’Oliver Humbrecht. Cette bouteille et moi, on se connait par cœur, on s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue, on s’est retrouvé, on s’est réchauffé puis on s’est plus séparé. Une robe presque rouge, très vieux cognac. Le nez est la parfaite expression d’un terroir magnifié par le talent d’un très grand vigneron. Des notes fumées tellement caractéristique, des notes de pierre à fusil qui enveloppe les arômes de miel, de fruit exotique, de cire, de champignon, de coing, de caramel et de café, comme si le terroir voulait régner sur cette farandole de plaisir. La bouche impressionne par sa force tranquille, une maturité poussée à son paroxysme, une concentration étonnante, une acidité qui suspend le temps, une démonstration de classe qui invite à la contemplation, qui impose le respect. Une bouteille comme ça devrait être signé par son auteur, comme une toile de maître. Une symphonie superlative qui s’achève sur des regrets de verre vide. Simplement exceptionnel. Pinot Gris Rangen de Thann Clos St Urbain SGN 1998 Domaine Zind-Humbrecht

Enfin, les masques sont tombés et je me réjouis de revoir des visages démasqués. Et ça fait beaucoup de bien. Dévisageons-nous les uns les autres, montrons nos nez, nos bouches, nos oreilles, nos dents, exposons nos fossettes qui font risette, nos mentons qui frémissent, nos sourires qui transpire la joie de vivre à nouveau. Quel plaisir de voir des figures, des visages qui se dévisagent, des yeux qui rient ou qui pleurent. D’un regard, d’un seul, nos visages expriment notre singularité. Il n’y a pas deux visages identiques, même les jumeaux ont de subtiles différences qui les définissent. Des visages de jeunes, de vieux, bronzés, tachetés, d’homme, de femmes, d’enfants, des visages souriants ou déprimés, des beaux, des bofs et des moches, mais des visages et des figures. Le visage est une carte, parfois une carte des vins, un paysage, une montagne, des crevasses, des visages qu’il suffit de voir une seule fois pour les oublier à jamais. Nous dévisager à nouveau, c’est nous reconsidérer. Emmanuel Lévinasse, le bien nommé, disant que le visage de l’autre nous oblige, dans la nudité qu’il présente à celui qui sait le dévisager, le visage des autres est une invitation à nous reconsidérer. Bref, je suis très content de revoir des visages amis même celui de Rage,  décontracté comme un skinhead reconverti dans le bouddhisme, détendu comme un prof de lycée du 93, un tantinet épidermique, qui est passé du socialisme au national-socialisme en moins d’un trimestre. Tiens en parlant de prof, juste après minuit, j’ai surpris Jeanda, le cannibale lecteur, en train de rendre hommage aux restes du noir de bigorre. Putain de borgne, elle tient la distance frisette, le prince du jabugo, le baron du Colonnata, le seigneur du boudin, le maître du Prosciutto. Si je lui avait présenté plus tôt, je suis sûr qu’il l’aurait épousé ce cochon, surtout si, comme la COVID, elle était un peu cochonne. Avec lui, on ne dîne pas à la table des Soiffards sans s’arroser le palais, la glotte, le foie, les gencives et le reste, après on discute. Il a beau se friser le casque, se raser de près, se tartiner la tronche de crème à 300 boules, se passer un tutu rose, c’est pas ça qui va en faire une débutante.

« Les hommes naissent libres et égaux en droit. Ensuite, ils se mettent à boire. » Cavanna

 

 

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