Son altesse aime le Riesling

« La première qualité d’un grand vin est d’être rouge« . Combien de fois ai-je entendu cette ânerie ? Souvent, très souvent et souvent, ce qui fait trop de souvent, celui qui ânonner cela n’avait pas goûté de grand Riesling. Si la grandeur d’un vin pouvait se mesurer, ce serait à l’aulne, qui comme chacun sait, mesure 3 pieds 7 pouces et 10 lignes 5/6e de longueur, soit très exactement 1,188 m, à l’aulne donc de son potentiel de vieillissement, de sa complexité, de sa tenue à table et surtout de sa capacité à retranscrire un terroir, alors, le riesling arriverait dans le peloton de tête ! Voire devant.

Le Riesling n’a jamais été à la mode, il n’est pas boisé comme un chalet suisse, il n’est pas géographiquement « terroirisé » comme les climats des Seigneurs de Bourgogne, ses taux d’alcool faibles ne flattent pas les amateurs de sensations fortes. Et, summum de l’embarras, les noms de ses terroirs sont imprononçables pour le commun des mortels non germanophiles et pas Germanophobes. Et pourtant, ce Kastelberg 2016 de Remy Gresser est un pur bonheur à déguster. Peu de cépages conservent cette acidité mordante en mûrissant, ce qui donne aux riesling cette fraîcheur si particulière. De légères notes pétrolées, de l’écorce d’orange, de la citronnelle et un soupçon de sauge qui bonifie ce superbe nez. Une bouche tendue, fraiche, élancée mais dotée d’une belle matière, une belle et longue finale, que demander de plus ? Une autre bouteille ?

L’altesse n’a pas mauvaise réputation, pire, il n’a pas de réputation. Cépage de montagne, pas mal de légendes entourent ses origines mais toutes ont été infirmées par la recherche génétique. On a longtemps dit que l’Altesse avait des origines chypriotes, byzantines, hongroises et même mystiques, mais il s’avère qu’elle est en réalité apparentée au bien connu et très local chasselas. Tant pis pour les histoires romantiques de princesse et de prince charmant ! Il est plausible que le nom Altesse vienne de l’expression « coteau des altesses » c’est à dire des gradins, des vignes étagées où l’on cultivait ce cépage, et il semblerait que les premières mentions de ce cépage blanc remontent au XVIème siècle, près du lac du Bourget. Son altesse est délicate, elle est très sensible au gel, au botrytis et au mildiou, elle se plait sur des sols calcaires ou marneux. Malgré son jeune âge, cette Altesse « La Croisette » 2018 du Domaine D’Ici Là, AOC Roussette du Bugey, démontre pas mal de qualité. Une acidité très haute, quand on aime le Riesling, on apprécie l’acidité, des notes de poire, de pêche, de coing et de fleurs blanches. Une bouche vive, tendue, minérale, assez profonde avec une finale très fruitée. Sur un Reblochon très crémeux, arrivé direct de Savoie, c’est superbe. L’Altesse, comme le Riesling n’a pas toujours bonne réputation, un peu comme le Duc dans « The Big Lebowski« , le Duc disait en buvant son Russe blanc : « Je ne suis pas monsieur Lebowski. C’est vous monsieur Lebowski. Moi je suis le Duc, c’est comme ça qu’il faut m’appeler. Ou alors… ça ou… j’sais pas, le grand Duc ou… l’Archiduc ou… Votre Altesse si vous êtes porté sur les titres« .