Comment ça va ?

Comment ça va ? Question ô combien anodine, mais qui aujourd’hui prend tout son sens. Il y a bien longtemps cette question voulait dire : comment va la selle ? Pas la selle du cheval, nos propres selles, même si les mots propres et selles juxtaposés, ça fait bizarre.  Ausculter ses propres excréments est loin d’être évident pour nous, le sujet est délicat. Et pourtant, ces déchets humains sont révélateurs de ce que nous mangeons, de comment nous métabolisons notre nourriture et ce que nous rendons à la nature, avec grand soulagement et force ventilation parfois. Sans évacuation, point de salut. Le « comment ça va » pullule. Pourtant, je pensais que c’était les trois mots les plus inutiles du monde de la communication. Celui qui y répond ne dit que rarement la vérité, tandis que l’autre ne veut pas vraiment savoir. À l’hypocrisie répond l’hypocrisie. Sans méchanceté ou manipulation bien sûr, mais cela n’empêche pas la conversation de sombrer dans la banalité et la superficialité. Nul cynisme, mais juste un constat. En interrogeant quelqu’un sur sa santé, on n’attend pas de lui qui réponde, qu’il s’allonge sur le divan et raconte ses problèmes existentiels. Pas d’introspection, il faut une réponse aussi concise que positive et passer à autre chose. La seule raison pour laquelle la plupart d’entre nous posions cette question est qu’il semblerait impoli de ne pas le demander. Aujourd’hui, c’est la seule question qu’il faut poser. Je l’ai donc posée à quelques-uns de mes amis imaginaires, en un mot commençons !

Léonard de Vinci ne m’a pas répondu, il s’est contenté de sourire
Œdipe : Ta mère en slip, la question est complexe
Socrate : Je ne sais pas, puisque je ne sais rien
Hippocrate : Tant qu’on a la santé, sert m’en une
Descartes : Bien, je pense
Pascal : Et toi ? Je parie que tu vas bien
Galilée : Ça tourne rond
Vivaldi : Ça dépend des saisons
Newton : La question tombe à pic
Spinoza : Il faut en déduire que je vais bien en substance
Shakespeare : Comme il vous plaira, mais c’est beaucoup de bruit pour rien
Franklin : Du tonnerre !
Robespierre : Vous perdez la tête !
Marat : Ça baigne !
Casanova : Tout le plaisir est pour moi, ma couille
Pythagore : Tout est d’équerre
Beethoven : Quoi? Je n’entends rien, parle plus fort
Sade : Foutrement bien, ma belle
D’Alembert et Diderot : Impossible de répondre en deux mots
Kant : Question critique
Schopenhauer : Ce n’est pas la volonté qui manque
Marx : Rien ne nous appartient, mais ça ira mieux demain
Friedrich Engels : pareil que karl
Paganini : Allegro ma non troppo
Darwin : On s’adapte
Nietzsche : Au-delà de bien, merci
Proust : Donnons du temps au temps
Marie Curie : Je suis radieuse !
Dracula : J’ai de la veine
Picasso : Bleu, amis ça dépend des périodes
Freud : Et vous ?
Camus : Ce n’est pas la peste, la question est absurde
Cyrano : A vue de nez, bien
Poe : Extraordinairement bien
Einstein : Relativement bien
Coluche : Ça va docteur, vous me connaissez, j’été déjà venu l’année dernière, vous m’aviez donné la grippe avec du strass, oui j’été très content je l’ai gardé tout l’hiver… Mais cette année, putain, enfoiré de chinois ! Je n’irai pas par quatre parchemins, la grippe chinoise, c’est pas la grippe espagnole, c’est pas français, on tousse et on tousse, mais c’est pas une jaunisse, c’est même pas une cirrhose. Remarque y’a des avantages dans la cirrhose, on est sûr que c’est français au moins. Bon, ça va, je vais prendre la cirrhose, c’est un truc ou on peut être malade toute sa vie, tandis que la grippe du bridé, au prix que ça coûte on n’est même pas sûr de mourir guérit … alors merde… j’préfère ma cirrhose …

Et vous ? « Comment ça va ? »