Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle

Il y a eu des duo célèbres, comme Adam et Eve, la belle et la bête, Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, Tom et Jerry, Bonnie & Clyde, Starsky et Hutch, Castor et Pollux, Jacquie et Michel, Procter & Gamble, Gault et Millau, Roux et Combaluzier, Coca et Cola, mais Kama et Soutra sont mes préférés. Je les ai découvert dans les aventures du commissaire San-Antonio. Les livres de Frédéric Dard comptèrent parmi mes premières lectures au même titre que SAS ou le Club des Cinq petits cons. Vous comprenez mieux pourquoi j’ai viré psychopathe. Dans les livres du grand Dard, à ne pas confondre avec le gros dard, j’ai beaucoup été influencé par les exploits du commissaire, séducteur de ses dames devant l’éternel et acrobate du plumard.

Des prouesses qui laisseraient pantois les plus gymnastes d’entre vous. Il y avait les classiques, comme « la balance Roberval », un numéro d’équilibre, ou le « regarde par la lunette arrière je crois qu’on nous suit », très prisée des amateurs de belles voitures italiennes. « le Tourbillon cosaque » est plus sportif, il faut savoir chevaucher pendant des heures, a réserver à des adeptes bien entraînés. « La Modulation de Fréquence » est beaucoup plus accessible, un bel organe est quand même indispensable. « La Torpille nippone » est rapide, silencieuse et touche son but à tous les coups. J’en pince aussi pour « L’Écrevisse bulgare », mais il faut prévoir un bon bain chaud puis y plonger une belle Bulgare quelques instants avant de vous y glisser. Si vous gardez la Bulgare, essayez « le presse-purée Bulgare » ou « le vélocipède smyrniote » si vous êtes dans un WC turc. « Le coup du Grand Vizir » est très exotique et fera toujours son effet pour une première fois. « L’ouvre-boîte à manivelle » est certes passé de mode, la manivelle n’étant plus manipulée depuis bien longtemps, mais avec un peu de dégrippant, c’est vite reparti, mais attention, un retour de manivelle est très douloureux. Je terminerai par l’incarnation la plus pure de l’esprit du Kâma-sûtra selon San-Antonio, vous l’attendiez petits coquins que vous êtes, c’est bien évidemment le : « Monte là-dessus tu verras Montmartre », d’un classicisme effilé, mais une valeur sûre, surtout si vous êtes amateur de belles butes. Vous voilà paré pour vos prochains diners en ville, vous allez pouvoir briller en société en usant d’une langue plaisante et châtiée. Si vous voulez approfondir le sujet, relisez le grand Fred et vous découvrirez les joies de la petite Tonkinoise chez le gouverneur, le parapluie retroussé, le dé à coudre polisson, le petit ramoneur, le grand-duc à moustaches, le paquet de pieds paquets, la bouillabaisse hongroise, « le crache-pas-les-pépins » ou « l’immatriculation rhodanienne » pour avoir la tête à l’envers. Je vous renvoie derechef à l’œuvre complète du sieur pour approfondir votre érudition, vous devriez vous en tirer ou sinon, ouvrez quelques quilles, 3 par exemples et dites la formula magique : tire-m ‘en trois, c’est pour offrir …  La Boda (les noces en espagnol) célèbre l’union des deux terroirs, Aupilhac et Cocalières, la syrah des « Cocalière » pour la fraîcheur et le dynamisme et le mourvèdre d’Aupilhac pour la concentration et la structure. Un nez de fruits noirs, de chocolat, de réglisse et d’épices. Une bouche généreuse, ample, gourmande, des tannins agréables et une belle fraicheur. La Boda 2014 Domaine d’Aupilhac Sylvain Fadat. Un nez ouvert et intense, pur avec un joli fruité, beaucoup de gourmandise, un peu de bois, de la violette et des fruits noirs. La bouche est une gourmandise absolue. On en boirait des litres, c’est rond, souple, très frais, profond, on s’y noierait. St Joseph 2009 Hervé Souhaut. Un nez super expressif, explosif, sur la poire, les mirabelles, les épices douces, les fleurs, le miel et toutes sortes d’épices. Un nez qui change à grande vitesse. Un vin vivant, qui évolue dans le verre, c’est riche, avec une grande acidité qui transperce et tient le vin debout. Des notes oxydatives qui ne font que parfaire un ensemble racé, gourmand, complexe et d’une longueur divine. Une grande bouteille, un petit vin de France comme on en bois peu. C’est vrai que ce vin n’est pas typique, pas standardisé, mais exclure de l’appellation ce vin naturellement bon, est une hérésie, tous les amateurs de vin cherchent à goûter ce genre de nectar. Les grandes Hâtes 2014 Alexandre Bain

 Le règne du con est arrivé depuis si longtemps qu’il ne cessera qu’avec l’espèce. Frédéric Dard (1996)