L’Insoutenable Légèreté de l’être ou ne pas être

Sans honte, je te le dis, j’ai peur, j’ai les miquettes, la trouille bleue, verte, noire, la sainte trouille, j’ai les foies, la pétoche, les chocottes, je flippe ma race, j’ai les grelots, je balise, je clignote des castagnettes, je fouette du calcif, je sue des tifs, j’ai les boyaux en zigzag, les noix qui font bravo, j’ai les fumerons qui me manquent sous le ballon, bref, je psykote, j’ai peur, je peux même dire que j’ai une petite anxiété. J’ai la certitude désormais qu’ils sont là, Bernard Tapis dans l’ombre, prêts à nous sauter sur le râble, prêt à notre la mettre profond. Nous les croisons tous les jours, ils ont l’apparence d’êtres normaux, mais ils ne sont pas comme nous. Ils mangent comme nous, ils boivent comme nous, ils baisent leurs femmes comme nous, et parfois même la tienne aussi au passage, mais je ne t’ai rien dit. Ils aiment leurs enfants, leurs chiens aussi. Ils n’aiment pas les roux, les Boukistanais, les pandas, comme nous, enfin, surtout comme moi. Bref, ils font tout comme nous … Sauf que ce sont des antivax, des gens pas vaccinés, pas comme nous…

Perso, je suis neutre, mais je discute plus avec un antivax, leurs arguments sont trop bétons. Quand je les écoute, j’ai la désagréable sensation de manger des clous. Ils pensent avoir inventé un mode de résistance alors même que la vaccination obligatoire, aujourd’hui au cœur des protestations, a toujours été combattue. En 1853, l’Angleterre se dote de sa première loi de vaccination obligatoire contre la variole. Cet événement politise inévitablement le débat, ligues antivaccin, manifestations, répression … rien de neuf sinon le vecteur de communication, avec les réseaux sociaux, internet et les fakenews, les théories du complot circulent plus vite, rendant difficile l’explication rationnelle. Les antivax estiment être en dictature, tyrannisés sur tous les plateaux télé où ils interviennent librement, avancent des chiffres issus de site complotiste qu’ils n’ont évidemment pas vérifiés. Ils se comparent aux juifs des années d’avant-guerre … Attention, je n’ai rien contre le point Godwin, même si je pense que c’est un truc de nazi …

19h30 pétantes comme un cul de nonnes, dans le trou du cul de le comté, nous voilà devant le château du Gandalf le Doc, pour une soirée annulée, remise à une date ultérieure, qui ne doit pas avoir lieu mais remplacée par une soirée qui a lieu, desannulé si je puis dire, et remise à la même date. Bref, la soirée est annulée mais pas complètement, on doit amener des flacons délurés mais pas vraiment. Pas de Paul et Mickey, pour ou contre les flacons délurés, je n’entrerai pas dans le débat, essentiellement pour des raisons de lâcheté. Bref, un coup d’œil à droite, un coup œil à gauche, pas d’antivax à l’horizon, pas de police politique et sanitaire, on franchit le pont-levis … Il y a des choses immuables, des lois divines, comme le temps qui passe, les Pepito et notre fidélité aux soirées soiffards. Sont présents, les soiffards, les vrais, Rage, Gégé,  Pascal et Dom … les 4 cavaliers de l’apocalypse. Je sens que la soirée va être aussi croustillante que les amuses gueule. Je vais donc vous décrire des vins qu’on n’a pas vraiment bu mais quand même un peu, ou comment faire un compte-rendu déluré de vins délurés, cad avec un esprit éveillé et libéré de tous préjugés, astucieux, averti, débrouillard, dégourdi, déniaisé, dessalé, espiègle, futé, malin, vif, bref, tout moi …

Xeres La Bota de Manzanilla- Equipo Navazos (Espagne) : Ce Xeres de 7 ans se distingue par son caractère enragé de Sanlúcar, comme l’explique le vigneron. C’est frais, vif même, un peu oxydatif avec de belles notes de noix et de figue. Un Xeres classique. Belle bouteille

Traminer Roter Freyheit 2019 Heinrich (Autriche) : Un Traminer de macération aux notes exotiques, puissant avec des notes de levures. Un peu rustique, c’est pas mon kif .

Gewurztraminer Altenberg de Bergheim 1998 Domaine Deiss : On passe du Traminer au Gewurzt, de la levure au sucre. Pas mal de sucre, mais aussi des notes de rose, de pêche, de mandarine et de citron confit épicé. La bouche est ample, riche avec une belle finale. Super vin s’il n’avait pas autant de sucre.

Pinot Noir Der Elefant im Schafspelz 2018 : Cet éléphant n’est pas déguisé en mouton, mais en éléphant dans un magasin de porcelaine chinoise. Sombre comme un chinois énervé, sur la prune bien mûre, le poivre noir et le chocolat noir. Si le mouton est noir, c’est crédible, sinon je n’y crois pas une seconde.

Chablis 1er cru Vaulorent Domaine Droin : Le Vaulorent est un terroir de Fourchaume, l’un des Premiers Crus les plus connus du vignoble chablisien. Un coup de cœur pour ce Chablis à la fois ample, puissant aromatiquement, avec des notes minérales de silex, de pétard, de fleurs blanches et de zeste de citron. En bouche, le vin est élancé et ciselé, long et pur. Superbe Chablis

Mountain Wines Cepas Viejas Listan Blanco – Malvasia  (Canaries – Espagne) : Un vin puissant presque tannique, je ne sais plus si c’est un blanc, un rouge ou même autre chose, pour tout dire, il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Probablement trop jeune mais j’ai même oublié son millésime. Si vous voulez savoir, faudra demander à notre doc, il doit être le seul à boire ce vin.

Txakolina Hegan Egin 2019 Imanol Garay Bizkaiko (Espagne) : Attention, c’est du lourd ! C’est du bon.  Conseillé en Barrique, grand amateur de vins, en particulier des grands chenins de Loire comme ceux de Richard Leroy, tenant du bio et de la biodynamie, Imanol s’est décidé à sauter le pas et faire du vin. Egan Hegin est un Txakoli de Biscaye issu de petit courbu et petit manseng d’une parcelle d’un hectare, située à 30 kilomètres au sud-ouest de Bilbao. C’est un vin impressionnant ! C’est le premier Txakoli que je déguste, mais surement pas le dernier.  Un vin très complet, pur, intense, élégant, équilibré, au fruit superbe, frais et surprenant, qui se gardera probablement longtemps. Coup de cœur de la soirée. Superbe

Jurançon Haure 2017 Domaine Lajibe : Un nez de chenin (sauf que c’est du gros manseng, petit manseng, courbu et claverie et que c’est du jurançon). Léger oxydatif, coing, rhubarbe, mirabelle. La bouche est ample et pure, belle acidité et tension finale agréable. Très bien

Coche 2018  Domaine Niepoort : Un assemble de Rabigato, Codega, Voisinho, Larinho et autres (pour plus de détail contacter le doc). Un vin un peu boisé qui étouffe un peu le fruit et une minéralité sous-jacente. Ça reste bon, frais et persistant. Bien

Riesling Lieu-Dit Muehlforst Domaine Clé de Sol : Pas très variétal, un petit peu perlant, un poil, médicamenteux, végétal, un peu bonbon de Savoie, un poil éthéré, un poil je ne sais pas quoi en dire. En tout état de cause, pas très Alsacien et encore moins déluré. (pour le millésime, vous connaissez la marche à suivre , pour être à l’ouest, marchez à l’est, toujours à l’est)

Coteaux Champenois Francis Boulard : Habituellement, j’aime bien Boulard, mais là, je n’accroche pas, pourtant les tannins sont là, manque plus que le boudin.

Chianti Classico Riserva 2017 Valdellecorti : Un nez fumé, sur la mûre et les épices. Une bouche sympathique, un beau bois encore très présent et une jolie finale. Un joli vin, mais sans grande originalité.

Panevino Shugusucci 2017 (Sardaigne) : Alors là, on se risque dans le bizarre, le biscornu, le sauvage, y a de l’animal mouillé tapi au fond de la bouteille. Ça n’engage pas, limite on causerait bien à une autre. Comme on est pro, on se laisse tenter, putain de volatile, ça passe les frontière ce machin ? Sur internet, on parle de chef d’œuvre ! Moi, ça me fait chialer, avec un peu de salade et trois gouttes d’huile d’olive, on aura la meilleure vinaigrette du monde. Déluré, sauvage, barbare et même iconoclaste., mais pas buvable !!!

Châteauneuf du pape PURE 2014 Domaine Labaroche :  Le nez est complexe, sur les fruits rouges et noirs avec des épices et du chocolat. La bouche est ample, riche, très jeune, acidité juste suffisante et belle finale fruitée et gourmande.

Syrah Léone 1998 Domaine de la Peyre Rose : Superbe nez sur des notes de mûre, myrtille, rose fanée, vieux cuir, sous-bois et de graphite. La bouche est ample, toujours marquée par l’alcool, les tannins sont doux, soyeux, fondus avec une belle acidité qui porte une finale graphitée. Un vin à son maximum.

Côte-Rôtie Château D’Ampuis 2014 Domaine Guigal : Un nez riche, mûre, prune, cerise noire. La bouche est chaleureuse, sur le kirsch et la confiture de fruits noirs. L’élevage est très présent, voire trop, même s’il est classe. Belle finale.

A ce stade, j’ai largement dépassé mon quota de vins délurés. Fallait-il maintenir cette soirée annulée ? Fallait-il être là ou être ailleurs pour ne pas être là mais ailleurs ? Être ou ne pas être, faire ou ne pas faire, tel était la question. Cette interrogation Shakespearienne exprime un doute absolu. Hamlet médite sur le rien en contemplant un crâne. Pourquoi l’humour s’est-il dégonflé face au Covid ?  Le « Plus cancéreux que moi, tumeur ! » de Desproges révèle que le rire est une forme puissante de résistance, une rébellion face à l’inéluctable. Un humour made Hamlet himself ! Ce dernier savait très bien à qui appartenait le crâne qu’il dressait face à son visage : à un bouffon, celui du Roi, Yorick ! Dans ce cimetière où les fossoyeurs semblent jouer avec les crânes, Hamlet se demande : « Ces os n’ont-ils tant coûté à nourrir que pour finir en jeu de quilles ? » Les têtes de mort ont toujours l’air de rigoler parce que les morts rient de s’être pris au sérieux de leur vivant. Dans « En attendant Godot », Samuel Beckett philosophe : « Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable ». Remplacez « chaussure » par « pangolin » et « pied » par « mondialisation » et vous avez dans cette ironique pensée une bonne raison de rire des bouffons, des autres, des cons, des vaccinés, des antivax, des pangolins, des chinois, des roux ou des pandas. L’homme, aveuglé de ses erreurs, rit fort du chaos du monde, tout en marchant, bancal, vers d’autres pandémies… Hamlet, reviens !